Des corps en silence
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Mariée
à Joseph, donc, Henriette caresse l’anneau d’or à son annulaire. Son
père dit : une femme qui a un amant est une femme sans honneur.
L’honneur est cette longue chemise blanche, lisse, comme les linges
d’hôpitaux dont on couvre les corps malades, suintant, et les cadavres.
Pas de chemise avec Joseph, ni avant ni après le mariage. Elle veut
cette bouche pour elle, ces fesses, ce sexe pour elle, elle imagine
possible un mari fidèle, pour ça elle est prête à faire sa fille de
rue, sa prostituée, sa courtisane, d’ailleurs ils n’auront pas
d’enfant, pas de ces conséquences espérées, attendues du coït en
chemise, peut-être est-ce un hasard, ou y est-elle pour quelque chose,
s’y appliquant, ou simplement glaçant ses ovaires depuis le fond de son
cerveau, de sa hantise d’avoir un corps de mère, ventru, déformé,
impropre aux pulsions érotiques, comme les vaches tout entier tourné
vers la gestation, la lactation, tendrement, inexorablement délaissé.
Tout plutôt que ça : qu’il couche ailleurs. Elle dit tout elle pense
tout, elle l’aime à se tuer. /http%3A%2F%2Fwww.gallimard.fr%2Fcatalog%2FHtml%2Fjanvier_2010%2Flibrary%2Fimages%2Fguillemets-f.gif)
Deux femmes en résistance contre la fin du désir amoureux. À un siècle d'écart leurs chemins se croisent, se confondent, se séparent : l'une tente l'impossible pour reconquérir l'homme qu'elle aime, l'autre imagine une rupture radicale. Toutes deux refusent le silence des corps