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Par Yaël Hirsch
Après
avoir longtemps interrogé d’autres parties du corps, depuis quelques
années déjà, l’artiste interroge les neurones. L’anatomie la plus
classique de notre organe de pensée, aussi bien que les dernières
avancées scientifiques sur la matière sombre, viennent nourrir une
recherche formelle qui cadre et s’encadre dans la voie royale de
l’imagination. «Cellula phantastica» réunit deux
Le créateur :
Emilie Benoist
Le lieu d'art : Galerie Eva Hober
culptures et sept aquarelles en ce que l’artiste aime à appeler un doux mélange d’exactitude formelle et de rêve éveillé.
Formée à l’École des beaux-arts, spécialisée dans la taille de bois, et
passionnée de revues scientifique, l’artiste créé en plusieurs
dimensions. Son récent voyage en Inde et son séjour en pleine nature
cet été ont réveillé en elle le désir de se confronter à la matière.
Matière pauvre pour une première sculpture accrochée au mur sous
plexiglas, où du bois, un peu de cuivre, des éponges, et beaucoup de
fils évoquant les séductrices crinières des rousses séductrices, chères
aux surréalistes, forment un «portrait» des synapses.
Les scientifiques les plus avertis verront qu’Émilie Benoist n’a pas
oublié de figurer au fond les astrocytes, ces cellules ayant un rôle de
contact entre les synapses et permettant la circulation des
neurotransmetteurs.
La deuxième sculpture, qui est aussi l’impressionnante pièce centrale
de l’exposition «Cellula phantastica», mélange un noble tronc de
noisetier poli par l’artiste avec cette matière rêche, ingrate,
non-biodégradable, et difficile à sculpter qu’est le polystyrène. Du
côté de la tige, le bois blanc aux courbes et aux nœuds presque
humains, et à l’écorce mouchetée de pores rappelant les mille et une
vies de l’épiderme, ravira les amateurs d’Arte povera. Le tronc
traverse la pièce, telle une colonne vertébrale de l’exposition et du
corps.
Rompu par l’exercice, il est scindé en deux. C’est ainsi qu’Émilie
Benoist nous représente la moelle épinière. Avec, au bout, comme
difficilement porté par ce fragile fil, non pas une cellule nerveuse,
mais un plan entier de polystyrène recouvert de billes vertes. Il
s’agit d’une maquette de temples de Pondichéry ; vus d’en haut, ils
font terriblement penser à ce qu’on appréhenderait si l’on effectuait
une coupe à l’intérieur du crâne. L’inspiration surréaliste revient
quand le spectateur se met à projeter le téton d’un sein, là où à
l’origine, il n’y avait que la pointe mousseuse d’un temple…
Pour Émilie Benoist, les dessins sont de l’ordre de l’intime. Depuis
neuf ans, quand elle dessine, elle s’impose un format, l’usage de la
graphite et de l’aquarelle et expérimente un maximum de variations à
l’intérieur de ce cadre.
Les sept aquarelles présentées à l’exposition «Cellula phantastica»
évoquent à la fois les humeurs de l’artiste au moment où elle les a
exécutées. En même temps, mises bout à bout, elle correspondent à
plusieurs étapes de sa quête sur les formes. De gauche à droite, elle
vont des plus concrètes chimères dessinées autour du thème du corps, à
des cercle plus épurés et plus mystiques. Les trois premiers dessins
montrent un cerveau éclaté.
Mais aussi d’autres parties du corps : d’abord le ventre d’une femme,
avec anatomiquement ses organes de reproduction, et enfin, les stades
d’évolution du fœtus. Pâles et construits en spirale, les dessins
d’Émilie Benoist sont des paysages humains qui épinglent avec fragilité
et subtilité ce lieu magique où l’intériorité prend corps. Les deux
dessins suivants témoignent de l’influence de Pondichéry sur l’artiste
puisqu’ils montrent des idoles hindouistes en transparence. Par ce jeu
d’ambivalences et de symboles, ils font penser à la période la plus
onirique du surréalisme de Francis Picabia.
Enfin, les deux derniers dessins sont noirs et blancs. Deux sphères
dessinées, elles aussi, en spirales. Le premier est le plus épuré : en
une boule noir au cœur blanc, Émilie Benoist a voulu donner forme à la
sensation chaleur. Le deuxième reproduit fidèlement les mouvements d’un
neurotransmetteur de mouche. Par delà la précision scientifique de la
représentation, le dessin fait méditer, tel un Mandala indien.
Continuant dans sa voie désormais bien reconnaissable de précision des
formes, de curiosité scientifique, et y ajoutant un flux toujours plus
libre de rêverie, d’inconscient et d’ images qui la fascinent, Émilie
Benoist arrive à abstraire ses recherches sur cerveau. |