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12 mars 2009

L’Ecole de Nancy (1882-1914)

L’Ecole de Nancy (1882-1914)

De l’hypnose

à la médecine psychophysiologique.

13 mars 2009

Amphithéâtre du Musée-Aquarium de Nancy

A partir de 1870, Nancy, seule ville de Lorraine restée française, connut un âge d’or culturel qui dura jusqu’à l’aube de

la Première Guerre Mondiale.

Au sein de cette période d’émulation intellectuelle sans précédent, apparut en 1882 un courant d’étude de l’hypnose et de la suggestion qui prit rapidement une ampleur internationale. L’Ecole de Nancy, pendant médical du mouvement « art nouveau » du même nom, sous l’égide du Dr Hippolyte Bernheim (1840-1919), du Dr Ambroise-Auguste Liébeault (1823-1904), du Dr Henry Beaunis (1830-1921)et du juriste Jules Liégeois (1833-1908), voyait le jour et allait devenir célèbre dans le conflit qui l’opposa dès sa création à l’Ecole dite de la Salpêtrière dirigée par le fameux Jean-Martin Charcot (1825-1893). 

Autour de leurs études sur l’hypnose et la suggestion, leur renommé fut rapidement grandissante et Bernheim et Liébeault reçurent alors de nombreuses visites : le pharmacien Émile Coué en 1885, le psychiatre suisse Auguste Forel en 1887, le mathématicien belge Joseph Delbœuf en 1888, le neurologue autrichien Sigmund Freud en 1889. Bien, plus, dès 1890, leur parole s’est étendue à l’ensemble de l’Europe : notamment en Allemagne (Albert Moll, Léopold Löwenfeld et Albert von Schrenck-Notzing), en Autriche (Richard von Krafft-Ebing), en Russie (Vladimir Bechterew), aux États-Unis (

James

Baldwin, Boris Sidis et Morton Prince), en Suède (Otto Wetterstrand) et en Hollande (Frederik van Eeden).

Les archives de l’époque témoignent aujourd’hui de cette grande époque de Nancy où la faculté de médecine rivalisait sans contrainte avec les Grandes écoles, devenues célèbres au cours du XIXe siècle, de Paris et de Montpellier. Ces nouvelles sources d’archives nous permettent de mesurer la place importante de l’Ecole de Nancy dans le paysage scientifique du début du XXe siècle, tout en en comprenant mieux la formation et l’évolution de ce groupe de chercheurs. Ainsi, l’Album Liébeault retrouvé par Bernard Andrieu, témoigne par exemple de la venue de Freud ou de la reconnaissance internationale du Dr Liébeault, tandis que les mémoires d’Henry Beaunis décrivent « de l’intérieur » la vie intellectuelle de Nancy au croisement du XIXe et du XXe siècle.

L’histoire encore trop méconnue de ce mouvement, de ses origines à ses poursuites dans de nombreux domaines se devait d’être retracée. C’est ce que se propose cette journée d’étude qui rassemble des chercheurs internationaux de différentes disciplines. Autour des études sur l’hypnose que mènent les quatre collaborateurs, et à la lumière des nouvelles découvertes d’archives, c’est un mouvement plus ample qui se dessine, l’idéal de constitution d’une médecine psychophysiologique holiste dont la théorie de l’hypnose ne serait que la partie émergée.

Programme

8h30-9h : accueil des participants

9h-12h :  Présidence de

Laurent Rollet

(UMR 7117 CNRS)

9h- 9h45 : ouverture de la journée « Liébeault, Beaunis et les archives » Bernard Andrieu (UHP Nancy 1/ UMR 7117 CNRS)

            Depuis Liébeault et Beaunis, le travail sur les archives de l'Ecole de Nancy, soutenu par le Conseil régional de Lorraine et l’UMR 7117 CNRS, a pu retrouver aux Archives Départementales l'Album Liébeault et dans le Musée d'histoire de la Faculté de Médecine de Nancy les Mémoires de Beaunis, tous deux publiés en 2008 et 2009 dans notre collection « Epistémologie du corps » chez Presses Universitaires de Nancy. Ces découvertes commencent un travail précis sur la constitution et le fonctionnement de l'Ecole de Nancy de suggestion dans les relations de Beaunis, Liébeault, Bernheim et Liégeois entre faculté de médecine, faculté de droit sur la définition de la psychophysiologie et sa différence, après la visite de Freud à Nancy, avec la psychanalyse.

10h-10h45 : « Les hallucinations négatives et rétro-actives chez Bernheim. De leur physiologie sous-entendue » Mathias Sohr (IUHMSP Lausanne)

         Pour Bernheim, le complément de la physiologie est

la pathologie. Selon

lui une hallucination ne s’inscrit pas comme symptôme, mais bien comme un fonctionnement normal d’une imagerie psychophysiologique qui trouverait ses semblants dans le rêve ou le somnambulisme. Les notions d’hallucination négative et rétro-active rendent compte de cette pensée de Bernheim d’une continuité idéodynamique. Cette continuité reste toute descriptive sans s’appuyer sur le schisme d’une relation de causalité entre le sensoriel et le psychique, schisme qui a dominé la discussion sur les hallucinations autour de 1890 à Paris.

11h-11h45 : « L'école de Nancy et l'école de la Salpêtrière » Serge Nicolas (Paris Descartes)

Au cours des années 1880 Jean-Martin Charcot (1825-1893) donna à voir les manifestations de l'inconscient chez des patientes hystériques dans les locaux de l'hôpital de

la Salpêtrière. Il

va décrire minutieusement les quatre phases du déroulement de la crise de grande hystérie puis s'engager dans des recherches qui utilisent l'hypnose comme technique expérimentale pour l'étude de la névrose hystérique. En opposition aux conceptions de Charcot, Hippolyte Bernheim (1840-1919) et ses collègues de l'école de Nancy (Beaunis, Liébeault, Liégeois) considèrent que la suggestion est la clé de toutes les manifestations de l'hypnotisme. L’état hypnotique, qui n'est pas une névrose et n'est pas particulier aux névrosés, n'est que l'œuvre de la suggestion.

12h-14h00 : repas

14h-17h : Présidence de Bernard Andrieu

            14h-14h45 : «L’Ecole de Nancy et  la médecine psychophysiologique : Archéologie d’un idéal »

Alexandre Klein

(Lille 3/

Nancy 2

/UMR 7117 CNRS)

Si l’Ecole de Nancy n’a jamais existé en tant que doctrine unifiée, comme le prétend Henry Beaunis dans ses Mémoires, il apparait pourtant qu’elle était régie par l’idéal de constitution d’une médecine psychophysiologique. Au cœur de l’effervescence intellectuelle qui agitait la ville au croisement des XIXe et XXe siècles, les frontières disciplinaires s’esquissaient pour dévoiler un réseau d’échanges interdisciplinaires favorables à la constitution épistémologique de nouvelles modalités de savoir appliqué. Des écoles d’ingénieurs à la médecine psychophysiologique, des savoirs se combinaient et des savants échangeaient en vue du renouvèlement de la science française face à la puissance allemande. A partir de l’analyse d’archives institutionnelles et épistolaires, nous souhaitons retracer cette aventure épistémologique sans précédent qui anima la vie d’une poignée de savants et fit de Nancy une capitale scientifique majeure.

15h-15h45 : « La chose en soi selon Schopenhauer : un fondement métaphysique de l’hypnose » Jean-Charles Banvoy (

Nancy 2

/ UMR 7117 CNRS)

Le rapport de Schopenhauer à Kant est marqué par la remise en cause des limites de la connaissance du sujet kantien. Si Kant considère que toute connaissance est une œuvre active, une création idéale du sujet, et que le réel est proprement inconnaissable, Schopenhauer affirme que nous pouvons avoir une connaissance de la chose en soi, et que cette connaissance est « passive », affective. Avec la notion de Volonté, nous assistons à l’émergence d’une dimension inconsciente de l’individu, et d’un principe pour rendre compte de nombre de phénomènes auquel notre faculté de connaître ne peut avoir accès. Ce n’est pas parce que notre intellect ne peut saisir toutes les relations entre les phénomènes, que nous ne pouvons pas avoir une connaissance réelle de l’essence de la force qui agit ; ces phénomènes, semble-t-il dépourvus de cause, ne témoigne pas moins de la réalité. Cet enseignement de Schopenhauer ne fournit-il pas un fondement métaphysique de l'hypnose, et ne permet-il pas de poser les bases d’une approche psychophysiologique en médecine ?

16h-16h45 : « Les “raisons du corps” : Schopenhauer, ou le monde selon la chair »

François Felix

[Chaire de philosophie moderne et contemporaine,  Faculté des Lettres, Université de Lausanne) (discutant J-C. Banvoy et B. Andrieu)

Le propos de cette conférence est de montrer que les deux propositions énoncées par le titre du maître-ouvrage de Schopenhauer Le monde comme volonté et comme représentation se réduisent en vérité à une seule : le monde comme corporéité. L’instauration de la représentation pour la conscience et le déchiffrement du monde comme volonté ressortissent en effet l’une et l’autre uniment à l’expérience de la corporéité intime, et seule la différence des perspectives empruntées par le philosophe permet de les distinguer. C’est donc aussi bien dans l’ordre transcendantal que dans l’horizon naturel que le corps constitue chez lui la clé du monde. Du même coup, c’est à nouveau frais que le philosophe profile le rapport du sujet et de l’objet, et donc du réel et de sa connaissance, renvoyant dos à dos idéalistes et empiristes, taxés tous de réflexion incomplète. Sa pensée ouvre ainsi tant à une épistémologie générale qu’à une nouvelle épistémologie du corps.

17h : clôture du colloque

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