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9 mars 2009

Katarina Bosse

Le corps vécu de Katarina Bosse

http://lbenyell.blog.lemonde.fr/2009/03/05/le-corps-vecu-de-katarina-bosse/

"On se souvient des New Burlesques , ces étranges chanteuses strip-teaseuses aux lointaines origines de cabaret, phénomène très américain que Katarina Bosse avait photographié en replaçant les personnages dans des univers quotidiens. A l’opposé du décor dans lequel les performeuses devaient se produire, la prise de vue était effectuée de jour et généralement en extérieur, donnant une autre dimension au geste du modèle qui continuait à jouer le rôle qu’il s’est construit.

Katarina Bosse revient ici avec une série de photos autour de la question de la maternité. Il s’agit d’une série de 6 images présentées à la galerie Anne Barrault où l’artiste propose une mise en scène des émotions liées à ce moment tout en interrogeant le mode de représentation et les tabous évoluant autour du sujet.

Totalement nue à quatre pattes, allaitant telle la Louve, ou en bottes et bas sexy, l’artiste se met en scène en extérieur dans des paysages dont est tiré le titre des photos (Sable, Montagnes, Marais…), dévoilant un corps encore marqué par les grossesses et aux antipodes de l’image glamour de la femme. Son enfant entre les jambes comme s’il venait de sortir tout habillé de ce corps nu, étendu telle une sirène échouée, la jeune mère se confond avec la matière du sable (Sand) dans un mouvement d’enfouissement. Les photos évoquent clairement un lien direct à la terre-mère – dans la photo Sumpf (marécage) elle semble sortir telle une ondine émergeant de la mousse. La “sorcière” de Berge (Montagnes) est une interrogation de l’artiste sur la “bonne” et la “mauvaise” mère qui cohabitent dans le même corps, protectrices l’une comme l’autre de l’enfant, mais qui en aucun cas ne saurait la protéger contre elle-même (les germanistes seront en mesure d’apprécier au travers des mots berge, bergen, les glissements possibles vers les notions de protéger, contenir, renfermer, etc.).

Corps non magnifié s’il en est, celui de Katarina Bosse se montre dans toutes ses imperfections pre ou post-partum et dérange non pour cette raison, mais parce que l’érotisme n’en est pas exclu. Rineke Dijstra, en photographiant des femmes qui venaient d’accoucher sur fond de murs nus d’hôpitaux, avait proposé une image “regardable” de la nouvelle mère par un dénuement environnant qui mettait en valeur la vulnérabilité et désérotisait complètement la scène. Ici, l’auteur elle-même révèle dans une interview que si ses photos présentent “trop de nudité”, c’est uniquement en raison de la présence à ses côtés du bébé et de motifs évoquant la sexualité, comme la tenue du personnage, sa position ou son environnement.

photo Kornfeld, par exemple, présente non sans humour une mère auréolée d’une meule de foin vêtue de manière à rappeler aussi la symbolique grivoise du contexte. L’image de la Louve allaitant allie elle aussi paysage bucolique et position plutôt érotique alors que Snow, crue et suggestive à la foi, montre une mère en proie à la mélancolie. A lire les réactions et commentaires divers et parfois violents qui ont suivi l’exposition et certains articles qui en parlait, il est clair que la présence de l’enfant et la nudité sexualisée de sa mère semblent difficile à regarder aujourd’hui encore dans une même image et mis en relation directe.

Il est pourtant intéressant de voir la manière dont la photographe a écarté ou détourné les icônes maternelles qui ont constitué jusqu’ici l’imagerie pour tenter de combler ce qui lui semblait un vide. Le portrait à facettes du personnage de la jeune mère qu’elle met en place, par ses références, ses décalages et son humour, constitue une proposition plutôt atypique de la représentation de la femme".

Marina

Photographie contemporaine

Crédits photos : Katarina Bosse. 1. Sand. 2. Berge. 3. Kornfeld,  Courtesy galerie Anne Barrault.
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