La seconde Butler et les politiques (queers) de la vulnérabilité
Séance F***MYBRAIN du 5 février 2009
Marie-Hélène Bourcier
La seconde Butler et les politiques (queers) de la vulnérabilité : traduction culturelle et disempowerment
En tant qu’activiste queer basé en France, au croisement du trafic intellectuel et des fascinations croisées qui existent entre les Etats Unis et la France, il n’est peut-être pas inutile de se pencher sur les effets de la traduction culturelle et notamment en matière de théorie queer et de politiques queers.
En France l’ « American Queer Theory » a été utilisée dans les années 90 comme une stratégie permettant de repolitiser le soi disant « French Theory » (Foucault, Derrida, Deleuze) de manière à introduire des politiques de l’identité post -identitaires dans une culture française dominée par l’universalisme et le républicanisme réticents aux multiculturalismes ou aux politiques des différences. Avec la publication en Français de Défaire le Genre en 2006 et la prise de position néo-humaniste par Judith Butler performée dans l’espace public français, pour ne de reconnaissance de son statut d’intellectuel et de philosophe, nous sommes entrés dans une ère de « la pensée plate » synonyme d’aplatissement des effets des politiques de la performativité et des politiques sexuelles. Nous montrerons comment Undoing Gender (Défaire le Genre) défait Gender Trouble (Trouble dans le genre), notamment en déplaçant des stratégies minoritaires de resignification en faveur d’une stratégie néo-moderniste de maîtres mots tels que « l’universalité ». Comment ce changement d’axe favorise-t-il des logiques de disempowerment au détriment de logiques de résistance à un niveau transnational ? Qu’est-ce qui se perd lorsque le potentiel performatif des genres, des identités ou des discours de haine sont transférées à l’humain, à l’universel présentés comme des constructions performatives ouvertes à la resignification ? Et qui est le sujet politique de la resignification de l’universalité ?
Marie-Hélène Marie-Hélène Bourcier est activiste et théoricienne queer. Fondatrice du premier groupe queer en France, le Zoo, elle est l’auteur de Queer Zones, Politique des identités sexuelles et des savoirs, Paris, Balland 2001, Amsterdam, 2007 et de Sexpolitiques, Paris, La Fabrique, 2005. Elle a également traduit Teresa de Lauretis et La Pensée Straight de Monique Wittig et publié de nombreux articles que les genres, les sexualités, la pornographie et la post-pornographie, les cultures et les politiques queers. Elle a ouvert le premier séminaire de master queer en 2007 à L’Ecole des Hautes en Sciences Sociales (fmybrain.org) et enseigne les études culturelles, les théories féministes et la théorie queer à l’université de Lille III. A paraître prochainement Queer Zones 3 et +.
The second Butler and the politics of vulnerabily :
Cultural translation and disempowerment
As a queer activist and theorist located in France, right in the middle of the intellectual trafic and crossed fascination that exists between The United States and France, it migt be interesting have a closer look on effects of the cultural translation of queer theory on queer politics.
In France, « American » Queer Theory has been used in the 90’ as a way of repoliticizing the so called French Theory (Foucault, Derrida, Deleuze) in order to introduce post-identarian identity politics in a French Culture dominated by universalism and republicanism and very reluctant to either differences politics or multiculturalism. With the publishing in French of Undoing Gender in 2006 along with the neo-humanist position of Judith Butler performed in the Euro-French public space to obtain status recognition as both a public intellectual and philosopher, we entered an era of flat thinking synonymous with the flatening of the empowering effets of the politics of the performative and sexual politics. I will show how how with « the second Butler » Undoing Gender is undoing Gender Trouble diplacing the minoritarian strategies of resignification with a néo-modernist strategy of resignification of master words such as « universality ». How the latter complies with logics of disempowering instead of resistance for minorities at the transnational level. What is lost when the performatives qualities of gender, identities or hate speech are tranfered to humain, universel seen as performatives constructions open to resignification ? Who is the political subject of the resignification of universality ?
Founder of the first queer activist group in France (Le Zoo), Marie-Hélène Bourcier is a queer activist and theorist. She wrote extensively on queer theory, gender and sexualities. She is the translator into French of Monique Wittig and Teresa de Lauretis. She’s teaching cultural studies and queer theory at the university of Lille and Paris I. She is running thr first Queer master seminar at the EHESS in Paris : F***MyBrain (fmybrain.org)
Her last published book is Sexpolitiques, Queer Zones 2 (Paris, La Fabrique, 2005). ForthcomingQueer Zones 3 and more in 2009.
Bibliographie
Butler, Judith, - Gender Trouble, Feminism and the subversion of identity, New York et Londres : Routledge, 1990 ; Trouble dans le genre, Pour un féminisme de la subversion, Paris : La Découverte, 2005 traduction de Cynthia Kraus.
Butler, Judith, Excitable Speech : A Politics of the Performative, New York et Londres : Routledge, 1998; Le Pouvoir des mots, Politique du performatif, Paris : Amsterdam, 2004, traduction de Charlotte Nordmann.
Butler, Judith, - Undoing Gender, New York et Londres, Routledge : 2004 ; Défaire le genre, Paris : Amsterdam, 2006, traduction de Maxime Cervulle.