Anaïs Bohuon
UNIVERSITE PARIS SUD 11
Ecole Doctorale 456
« Sciences du Sport, de la Motricité
Laboratoire : Sports, Politique et Transformations Sociales (JE 2496). Université Paris 11
Entre santé et pathologie :
discours médical et pratique physique et sportive féminine (1880-1922)
Thèse présentée par
Anaïs BOHUON
Soutenue publiquement le :
Jeudi 27 Novembre 2008 à 14h
à l’UFR STAPS, Bât : 335, Amphithéâtre
Sous la direction de Catherine Louveau
RESUME: La fin du XIXe siècle en France est marquée par une vague de campagnes hygiénistes répondant à un phénomène de dépopulation préoccupant. Les politiques natalistes tentent de réguler et de gouverner les corps par de multiples lois et moyens dont leur contrôle par la pratique physique et sportive. Dans ce cadre, est votée en 1880 la loi d’obligation de la gymnastique dans tous les établissements scolaires primaires et secondaires de garçons : la loi George qui répond avant tout à des préoccupations de défense nationale mais également à une volonté de régénération de la race. Cette volonté se traduit par une attention croissante accordée par les médecins à l’exercice des corps féminins, considérés comme les principaux responsables du renouvellement des générations. Notre travail s'attache à analyser les conditions socio-historiques de construction des discours médicaux au sujet de la pratique physique et sportive féminine ainsi que leur pluralité et leur fondement, à partir des années 1880 jusqu’en 1922, date du Premier congrès médical de l’éducation physique enfantine et féminine qui révèle la pratique physique féminine comme un domaine d’étude significatif.
La grande majorité des écrits étudiés se caractérise par le rappel d’une modération nécessaire dans la pratique physique féminine dans un but ultime de procréation et aussi, dans une volonté accrue de maîtrise des corps. Engagés dans une véritable lutte d’imposition d’exercices corporels et d’enjeux professionnels, commerciaux ou personnels, les médecins prescrivent et/ou proscrivent des activités aux filles et femmes sous différentes formes.
La difficulté à délimiter clairement la pratique physique et sportive féminine montre que le domaine des activités physiques et sportives, bastion masculin par excellence où la matérialité du corps s'exprime en premier lieu, leur pose problème. Comment exercer physiquement les corps féminins sans les viriliser, sans les dénaturer ? Cette crainte conduit les médecins à s’interroger sur l’influence de la pratique physique sur la puberté, la sexualité, le port du corset, ou encore à comparer la problématique de l’activité physique féminine à celle du travail des femmes. Les ambivalences et contradictions dans les discours sont nombreuses. Ces dernières s’éclairent parfois au regard des trajectoires biographiques des médecins. Néanmoins, le fondement du discours semble rester le même : les médecins oscillent entre la représentation d’un corps féminin par essence pathogène, malsain et un corps sain, procréateur. Cela se traduit dans leurs injonctions par une alternance entre protection et renforcement des corps féminins, plus encore entre les vertus curatives, prophylactiques et les risques pathologiques associés à la pratique physique et sportive féminine. Le discours médical semble pouvoir s’analyser en définitive comme la représentation de l’expression d’une volonté politique de contrôle des corps féminins dont le cadre et le fondement s’articulent entre pathologie et santé. Mots clés : Histoire, Médecine, Femmes, Pratiques physiques et sportives, Genre
JURY :
1/ Christine BARD, Professeure, Université d’Angers, rapporteur
2/ Jacques DEFRANCE, Professeur, Université Paris 10 Nanterre, examinateur
3/ Elsa DORLIN, Maître de conférences, Université Paris I Panthéon- Sorbonne, examinatrice
4/ Catherine LOUVEAU, Professeure, Université Paris-Sud 11, directrice
5/ Thierry TERRET, Professeur, Université Claude Bernard Lyon 1, rapporteur