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20 novembre 2007

Mirka et Gilles Berquet

19/11/2007 Libération Agnès Giard

http://sexes.blogs.liberation.fr/agnes_giard/

Mïrka, un érotisme anti-démago

Mirkaberquet

Mïrka Lugosi est une poupée faite vamp. Bouche saignante, œil charbonneux, elle pose nue pour son mari — le photographe Gilles Berquet— dans un livre en forme de déclaration d’amour qui porte son nom, et qui, en même temps, lance une véritable déclaration de guerre aux photos de nu habituelles…

Il suffit de voir la couverture pour comprendre : elle affiche avec violence une Mïrka au sourire de louve, seins nus, sinistrement fardée, volontairement menaçante. Objet de désir, oui, mais pas standard, Mïrka montre qu’il est possible d’être érotique sans faire de démagogie… Avec sévérité, avec exigence.  Avec froideur presque. Mïrka suggère que l'art de la séduction, c'est savoir ajuster une jarretelle, c'est le souci du téton maquillé, l'obsession quasi-maniaque du pied bien cambré dans d'élégantes chaussures. Icônique, elle fait d’elle-même une magistrale démonstration de discipline érotique.

Mïrka est à la fois la muse du photographe Gilles Berquet, illustratrice, vidéaste et une des plus grandes artistes érotiques françaises : ses dessins sont des auto-portraits idéaux, ou des photos d’elle-même, retouchées avec corsets, serrures, fouets ou candélabres.

Ses livres sont remplis de doubles, des créatures qui jouent à cache-cache sur la scène d’un théâtre surréaliste, mi-lascives et mi-lubriques. Mïrka se dédouble en vamp sulfureuse, en vierge de Nuremberg, en pute, en Lolita. Son corps même, longiligne, est proche du godemiché. Elle en cultive la raideur avec des cols amidonnés, un maquillage au blanc céruse et des bas-couture impeccables, étroitement ajustés à ses cuisses. Je me rappelle avoir mangé avec elle une fois : elle a pris un œuf dur. Et pendant tout ce repas, si frugal, Mïrka s'extasiait : «Oh, quel œuf délicieux.»

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