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29 juillet 2007

Féminisme et Bridget Jones

APPEL A CONTRIBUTION / CALL FOR PAPERS
"Quand les féministes rencontrent Bridget Jones : comment penser les figures du féminin dans les industries cultureles contemporaines ?"
Vol. 28, no 1, 2009. Propositions de résumés attendues pour le 15 septembre 2007

Les personnages féminins des industries culturelles contemporaines (soap opera, série télévisée, cinéma, roman populaire, magazine féminin, bande dessinée, clip vidéo, etc.) combinent tout à la fois des traits conservateurs et progressistes, antiféministes et féministes. À première vue en effet, les figures parmi les plus célèbres des industries culturelles contemporaines (Bridget Jones, Ally McBeal, Lara Croft, Madonna, Carrie de Sex and the City, Jenny de The L World par exemple) semblent s’être émancipées des contraintes sexuelles et économiques qui pesaient encore sur leurs mères, ainsi que des derniers carcans patriarcaux. Toutefois, nos héroïnes, trentenaires pour la plupart, éduquées, souvent blanches, ne sont pas présentées comme des êtres totalement affranchis. Leur indépendance financière, sexuelle et affective, avérée ou désirée, se heurte à la persistance du modèle du choix impossible : s’engager dans une carrière professionnelle revient nécessairement à devoir abandonner l’amour et les enfants ; emprunter les chemins de l’émancipation sexuelle aboutit toujours, en dernière instance, à la quête du/de la partenaire idéal·e et à une nouvelle forme de dépendance amoureuse ; remettre en question l’idéologie du bonheur domestique conduit inexorablement à l’impasse, à perdre toute chance de trouver une fois (enfin !) la plénitude personnelle.

Que faire, dès lors, de Bridget Jones ? Comment appréhender les représentations du féminin dans les industries culturelles contemporaines ? Soulignons-le, nous voilà devant un défi des plus singuliers, puisqu’il s’agit de faire l’analyse féministe d’une culture populaire qui a intégré, en partie en tout cas, des éléments de la théorie féministe, sa critique des distinctions privé/public, famille/travail, amour/sexualité, cœur/corps, sentiment/désir notamment. En effet, le discours véhiculé par cette culture populaire est un discours post-féministe, en cela qu’il ne se contente pas de venir « après » (après les luttes des années ’70, après la deuxième vague, après les luttes pour l’égalité des droits, etc.), mais qu’il cite un nombre important de problèmes et d’analyses thématisées par la critique féministe elle-même. En conséquence, sa forme emprunte alors souvent à l’ironie ou à la parodie, comme c’est le cas de « Desperate Housewives » (2004), une série télévisée qui évoque clairement La femme mystifiée de Betty Friedan (1965).

Ici, la citation n’équivaut toutefois pas à la répétition du même : ce qui caractérise aujourd’hui les femmes au foyer des banlieues résidentielles américaines est précisément le fait qu’elles sont … désespérées. Femmes au foyer mystifiées versus désespérées : entre ces deux qualificatifs, il y a tout ce qui sépare la souffrance des femmes de l’ère pré-féministe de celle des femmes de l’ère post-féministe, à savoir les femmes qui ont peur d’exercer leur liberté (Friedan) versus les femmes qui ont pour ambition de réussir leur vie (« Desperate Housewives »). Par conséquent, si un malaise demeure, le malaise est autre. Ne serait-ce que parce que celui-ci émerge, ici et maintenant, au sein d’un imaginaire social dont la doxa égalitaire est constitutive, cette doxa coexistant par ailleurs en très bonne entente avec l’idée qu’il est normal et hautement moral, à savoir bon et juste, que les sociétés humaines soient organisées en fonction de la différence sexuelle. Ne faudrait-il pas alors en conclure que le désespoir qui frappe nos « Housewives » contemporaines vient de ce qu’elles ne parviennent pas, bien qu’elles soient démystifiées, à se débarrasser d’une féminité pré-féministe ? Autrement dit, le sous-texte de cette série ne serait-il pas le suivant : les femmes de l’an 2000 butent sur la différence sexuelle, plus précisément sur un féminin qui, parce qu’il est éternel, résiste au changement, et a fortiori au féminisme ?

Quoi qu’il en soit, les dilemmes qui déchirent nos nouvelles femmes au foyer montrent que la critique féministe, si elle entend développer une réflexion pertinente sur notre contemporanéité, doit se poser la question de savoir comment, l’imaginaire collectif des sociétés occidentales étant désormais profondément marqué par la doxa égalitaire, les industries culturelles s’y prennent pour produire à nouveau, autrement, de la différence sexuelle. Aussi, c’est à ce problème, et plus largement à (re)penser la critique féministe des industries culturelles que cherche à répondre le présent numéro de NQF, sur la base de recherches empiriques ou de réflexions plus théoriques. Les articles traiteront par exemple des questions suivantes :

1) Que nous disent les figures contemporaines du féminin sur la société post-féministe ? Quelles réponses la théorie féministe contemporaine offre-t-elle à cette exigence de compatibilité entre différence et égalité, confusément mais massivement exprimée par la culture populaire ?
2) Comment, dès lors que ces figures ne peuvent plus occuper la fonction repoussoir propre au féminin dominé, réarticuler la triade féminisme/féminin/industries culturelles ? Quel lien re-tisser entre le sujet féministe supposé conscient et/ou savant –la militante ou l’académique qui analyse les industries culturelles- et le sujet féminin supposé aliéné et/ou populaire –la téléspectatrice, femme au foyer par exemple, qui les regarde ? Autrement dit, quels déplacements/détours/emprunts analytiques la critique féministe doit-elle accomplir pour être en mesure de penser le discours post-féministe populaire ?
3) Certaines féministes attribuent à l’ironie et à la parodie un fort pouvoir de déconstruction et de critique, dans la mesure où ces postures rendent visibles, là où domine l’idée de nature, l’origine culturelle ou performative des dispositifs de représentation de la différence sexuelle. Ces outils d’analyse conservent-ils leur efficacité critique pour aborder les industries culturelles contemporaines, dans lesquelles l’ironie et la parodie sont inhérentes au dispositif de représentation lui-même, participant pleinement, par exemple, de la fabrication d’une certaine position de téléspectatrice ?* * * * * * * * * * * * * *

Les propositions d’articles (résumé de 2 pages environ, soit 5000 signes) sont à envoyer d’ici au 15 septembre 2007 à l’adresse suivante : Lorena.Parini(at)ses.unige.ch
La publication des articles se fera en français (des traductions peuvent être envisagées). Après sélection des propositions, une première version de l’article complet (maximum 40'000 signes espaces inclus, version qui sera soumise à évaluation) vous sera demandée pour le 1.5.2008.
Merci de respecter les consignes aux auteur·e·s pour toute soumission: http://www.unil.ch/liege/nqf/pageconsignes.pdf

Groupe de coordination :
Valérie Cossy, critique littéraire, Université de Lausanne et de Genève
Fabienne Malbois, sociologue, Université de Lausanne
Lorena Parini, politologue, Université de Genève
Silvia Ricci-Lempen, philosophe et écrivaine

Vous pouvez télécharger (et diffuser : merci !) l'appel en pdf.

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Féminismes autour de la Méditerranée

Nouvelles Questions Féministes 27(3), 2008
Coordination : Elisabeth Bäschlin, Ghaïss Jasser, Hélène Martin, Séverine Rey

Pourquoi consacrer un numéro de Nouvelles Questions Féministes à la Méditerranée ? Cette région, entendue comme réunissant les pays riverains d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen Orient, a-t-elle une quelconque unité qui justifierait ce choix ? C’est ce que nous aimerions explorer en nous basant sur plusieurs aspects. Les différents territoires ou pays de la région méditerranéenne ont en effet développé de multiples liens culturels et politiques, à divers moments de leur histoire. Mais cela suffit-il pour traiter cette région comme une unité ? Comme toute entité construite, celle-ci doit être justifiée. Pour des raisons de positionnement, nous souhaitons nous distinguer clairement des approches culturalistes et ethnicistes actuelles qui mettent d’abord en avant des différences culturelles et sociales entre les rives nord et sud de la Méditerranée, produisant ou exarcerbant ainsi une distinction entre les « uns » et les « autres ». Or ce procédé est tout particulièrement employé lorsqu’il s’agit d’évoquer « les femmes » de l’une ou de l’autre rive, chacun renvoyant dans son discours une image caricaturale du traitement que l’autre réserve à « ses » femmes.
Ainsi, nous choisissons plutôt de partir du constat, partagé par divers historien·ne·s, géographes, sociologues ou anthropologues, de traits sociaux et historiques communs de part et d’autre de la Méditerranée qui lient des sociétés par dessus la mer, même s’ils ne comptent évidemment pas toujours pour l’ensemble de la région :
• une histoire commune à travers un vécu colonial, comme colonisant ou colonisé·e (p.ex. Empire ottoman / Moyen Orient, Afrique du Nord, Grèce, Balkans ; France / Algérie, Tunisie, Maroc ; Italie / Libye ; Espagne / Maroc ; Turquie /Chypre ; etc.) et, par la suite, post-colonial ;
• des expériences communes de migration : quasiment tous les pays de la Méditerranée sont actuellement des pays d’émigration ou l’ont été dans un passé proche, ce qui implique qu’une partie de la population vit entre deux sociétés, entre deux « cultures ». Cette situation a des conséquences spécifiques pour les femmes et parfois particulièrement bouleversantes pour leur position dans la société et leurs relations avec les hommes ;
• certaines formes spécifiques du système patriarcal, par exemple le fait que les femmes sont synonymes d’honneur ou de déshonneur des hommes et de la famille, selon leur comportement, ou encore l’importance pour une femme d’avoir un fils et, conséquemment, la domination des mères.
Tous ces aspects nous semblent être des raisons suffisantes pour nous poser la question des féminismes dans cet espace géographique et culturel.
Cet accent que nous souhaitons mettre d’abord sur des traits communs à la région n’implique aucunement de faire l’impasse sur les différences et les développements spécifiques locaux ou régionaux, plus ou moins récents, comme l’importance croissante dans certaines régions de la religion et de ses expressions sociales, qui se manifeste par un discours soulignant l’importance des « véritables rôles » des femmes (et des hommes) dans la société. La question de la migration est un autre aspect digne d’intérêt, au moment où certains de ces pays (comme par exemple la France, l’Espagne ou l’Italie), qui ont déjà sur leur sol plusieurs millions d’émigré·e·s originaires du bassin méditerranéen, ferment leur porte aux migrant·e·s qui ne cessent d’arriver du Maroc, de l’Algérie, de la Tunisie, de l’Egypte ou du Liban. Enfin, il faut également s’arrêter sur la préoccupation de certains pouvoirs des pays de cette région en ce qui concerne le rôle et le statut des femmes : réel souci d’émancipation et d’acquisition de droits, effet de mode ou d’influence internationale, tentatives pour détourner l’attention du public de leurs échecs par rapport à la politique de plein emploi, de scolarisation et de soins médicaux, spécialement vis-à-vis des femmes ?

Nous cherchons

Nous cherchons des contributions qui s’inscrivent dans une perspective féministe anti-essentialiste, matérialiste et radicale, et qui décrivent les situations actuelles des diverses sociétés méditerranéennes, à travers des analyses théoriques ou des pratiques politiques et sociales. Les oppressions vécues par les femmes étant multiples, nous nous intéressons aussi à toute étude articulant le genre dans des systèmes de pouvoir qui construisent des catégories telles que la classe, la race, la nationalité ou la sexualité. Nous sommes enfin particulièrement attachées à la question de l’émancipation des femmes : qu’est-ce que cela veut dire dans les pays et les différents groupes sociaux autour de la Méditerranée ? Comment des femmes comprennent et souhaitent cette émancipation ? Quelles sont les bases de références pour les différents groupes féministes : références internationalistes (droits humains), « identitaires » (traditions), religieuses ? Par quels moyens, demandent-elles, et obtiennent-elles, leurs droits dans la société patriarcale ? Quels sont les obstacles rencontrés et les alliances contractées ?

Les propositions d’articles (résumé de 2 pages environ, soit 5000 signes) sont à envoyer d’ici au 30 mai 2007 à l’adresse suivante : severine.rey(at)unil.ch (réponse aux auteur·e·s juillet 2007).
La publication des articles se fera en français (des traductions peuvent être envisagées). Après sélection des propositions, une première version de l’article complet (maximum 40'000 signes espaces inclus, version qui sera soumise à évaluation) vous sera demandée pour fin janvier 2008.

Vous pouvez télécharger (et diffuser : merci !) l'appel en pdf.

Archives des appels à contributions (page html)

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