Le post-féminisme ou le crash ?
Atelier-séminaire 26 et 28 juin 2007
Université de Paris I Panthéon Sorbonne
Le post-féminisme ou le crash ?
Teresa de Lauretis et les politiques de la théorie
Organisation : Marie-Hélène Bourcier, Maxime Cervulle, Marco Dell’ Omodarme, Cynthia Kraus, Eléonore Lépinard, Pascale Molinier
1 Pop cultures, théories et activisme
Activisme culturel
Face à la politique des droits, n’est-il pas aujourd’hui indispensable de revenir à l’activisme culturel et de s’interroger sur les cultures populaires en tant que terrain possible du politique… Par ailleurs, quelle est votre position par rapport à l’agenda LGBT dans les pays surdéveloppés ?
D’Ackerman à Desperate Housewives ?
En ce qui concerne la question des politiques de la représentation ou des pratiques politiques de création, et face à l’échec( ?) relatif du cinéma d’avant-garde, les politiques post/féministes/queer doivent-elles s’emparer du mainstream ?
Is theory still political ?
Qu’en est-il aujourd’hui de l’utilité de la théorie, de ses applications politiques, de ses visées ? Bref, où en est-on de l’articulation politique/théorie ?
2 Queer moment
Multiple identification
Dans nombre de vos textes, on peut avoir l’impression que la multiplicité des registres et des processus d’identification que vous évoquez et analysez est une véritable proposition politique. L’ouverture des possibilités en termes de positions d’identification, l’invite à une certaine prolifération étaient également présentes dans Gender Trouble et Epistemology of the Closet. On a souvent mis l’accent sur la question de la (politique de) l’identité dans le moment queer. Est-ce que finalement la question n’était pas plutôt celle de l’identification ?
No queer
Pourquoi avez-vous ressenti le besoin de prendre vos distances avec Queer Nation au moment même où vous inscriviez sur la couverture du fameux numéro de Differences la formulation Queer Theory ?
Queer intersectionnality ?
La formulation « queer theory » répondait notamment à la volonté d’articulation d’une politique des différences anti-assimilationniste. Cependant, la tentative d’articuler « genre/race/classe/sexualité », présente dans l’article « Queer Theory : gay and lesbian sexualities », ne semble pas, à la lumière du développement de la théorie queer mais aussi du féminisme, avoir tenu ses promesses ? Où en est-on de la théorie/politique de l’intersectionnalité ?
3 Corps, biopolitique, technologie
Technicité de la biopolitique ?
Comment la notion de « technologies du genre » s’articule-t-elle au concept de « biopolitique » de Foucault ? Dans l’article éponyme, le biopolitique est utilisé de manière plutôt restrictive, même si la construction même de votre concept repose sur celui de « technologies du sexe » soit, pour Foucault, « l’ensemble des techniques pour maximiser la vie ». Est-ce donc une volonté de votre part, et si oui pourquoi, de reconceptualiser la notion de technologie dans un sens plus discursif ?
Les techniques ne jouent-elles pourtant pas un rôle essentiel dans les technologies du genre ?
Exemples:
- les technologies high-tech et les cyber-techniques, la question de l’interface humain/machine, du cyborg.
- Affirmation dans les subcultures queer plus particulièrement de pratiques corporelles créatives, alternatives avec le développement d’un usage stratégique et/ou ludique des hormones, un réinvestissement, une resignification des techniques médicales, etc.
Autre question :
- le gode, la post-pornographie, la technologie transgenre ne changent-ils pas la donne ?
Politiques de la reproduction
Cette question pose aussi celle de la reproduction : comment faire des bébés queer ? ou comment queeriser la reproduction ?
Et le corps…
A juste titre, on a souvent reproché à la théorie de la performance/performativité d’être désincarnée, trop discursive, textualiste… Est-ce que la notion de « technologie » a plus de prises sur le corporel ?
4 Epistémologies radicales : politiques des savoirs
Quel bilan tirez-vous du potentiel de « l’épistémologie radicale » du féminisme dont vous parlez dans TG et que vous avez pratiqué (expérience, savoir situés, embodied practices and knowledges, autothéorisation) ? Quels effets les épistémologies féministes ont-elles eu sur :
- le cloisement traditionnel des disciplines et la construction de l’autorité, de la légitimité scientique
- la tension entre savoirs académiques et savoirs alternatifs (street theory)
- quid des nouvelles pratiques d’écriture et de lecture, de l’hybridation théorie/ littérature/autobiographie/fiction ?
Les anthropologues du séminaire plus particulièrement s’interrogent sur les résistances ou les refus qu’ils rencontrent aujourd’hui quand ils veulent réintroduire ce qu’ils appellent « l’expérience icarnée (récits de vie, trajectoires personnelles, pratiques quotidiennes) dans la théorie.
Le département d’history of consciousness de Santa Cruz est-il une réussite en matière de nouvelles épistémologies ?
L’autothéorisation
Quel rôle a joué et joue l’autothéorisation dans votre réflexion théorique et politique ? En tant que technologie du genre, le cinéma a fourni des outils pour s’autoreprésenter et s’autothéoriser. Selon vous, quels autres outils d’autothéorisation et d’auto-réprésentation faut-il, pourrait-on développer, inventer…pour contre l’idéologie du genre ?
Desperate feminists ?
La prise de conscience féministe dans un monde hétérocentré a pu et peut encore susciter inconfort et dépression (tension entre monde féministe et monde réel, question de la reconstruction identitaire à opérer à partir de l'expérience féministe). Ces difficultés ne sont pas forcément audibles dans les espaces féministes qui d’ailleurs tendent à disparaître. Plus généralement, la phase collective du féminisme est-elle passée ? Le féminisme peut-il être un individualisme ?
And last but not least….
Un monde post-straight est-il possible ? Quelle( hétéro)sexualité après le 11 septembre ?