Canalblog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Leblogducorps
Publicité
Leblogducorps
Publicité
Archives
Publicité
2 janvier 2007

Chair transexuelle

Cet entretien a été réalisé par Guillaume Lafleur durant le Festival du nouveau cinéma et des nouveaux médias, 17 octobre 2003.

http://www.horschamp.qc.ca/article.php3?id_article=145

1- Pasolini et l'actualité du mythe

Hors champ : En voyant Tiresia qui introduit un mythe dans le monde contemporain, il est inévitable de penser à Pier Paolo Pasolini qui était une référence explicite du « Pornographe », votre précédent film. La différence fondamentale concernant cette référence au mythe, par rapport à Œdipe Roi de Pasolini par exemple, est que votre film ne s'introduit jamais dans le monde ancien avec ses protagonistes. L'ancien ou plutôt l'immémorial, est exposé par des plans forts évocateurs de lave en fusion aux premières séquences ou encore par cet Acropole montré dans un plan entre les branches d'un arbre, dont le mouvement épouse le rythme d'un cours d'eau. Face à cela, peut-on conclure qu'il y a pour vous une intemporalité du mythe exprimée dans le film ?

Bertrand Bonello : D'abord c'était l'idée que les mythes peuvent s'exprimer maintenant car ils fonctionnent sur des pulsions. C'est ce qui est intéressant, c'est-à-dire qu'on y retrouve tout ce qui fabrique la dramaturgie, telles que la jalousie, la méchanceté… Du moment qu'il y a ces éléments, le contemporain doit apparaître. Le sujet de Tiresia m'intéresse dans la mesure où il a des résonances contemporaines. Je ne voulais pas faire de films comme le font Jean-Marie Straub et Danièle Huillet. Ce qu'ils font est évidemment très fort, mais le mythe m'interpelle, aujourd'hui, dans le monde qui est le mien.

Ainsi, je rapproche la mythologie grecque du cinéma américain. C'est pareil en fait, puisque ce sont des endroits de fiction qui existent immédiatement. À partir de ce moment, on passe beaucoup plus de temps dans ce qui nous intéresse, plutôt que de perdre ses forces à faire croire qu'on est dans un monde de fiction. Sans quoi il y a un travail, long et laborieux, pour arriver au film et on manque de temps pour exprimer ce qui nous touche. Voilà pour la mythologie et le contemporain.

Ensuite, sur l'intemporalité, c'est un travail que j'ai fait pour dégager le film du social - un piège avec la transsexualité qui était la traduction contemporaine du personnage homme-femme de Tiresia. Ce problème ressemble un peu à celui du Pornographe : on prend un sujet de société, la pornographie, mais on l'utilise comme point de départ de l'intime, pour aller ailleurs. Ce qui veut dire aussi pour moi gommer l'espace géographique et l'espace temps. Le film s'ouvre sur un sujet de société : la prostitution, le Bois de Boulogne qui est le lieu à Paris où se retrouvent les transsexuels brésiliens. Ensuite, dès que le type (Laurent Lucas) prend la transsexuelle (Tiresia) et l'enferme littéralement dans son appartement, ce sont en fait beaucoup de portes qui se ferment. On oublie ce rapport à la réalité sociale et on part ailleurs. Ce travail de gommage de l'espace temps et de l'espace géographique vient en fait d'un problème. Ce n'est pas une idée de mise en scène, le principe de gommage vient petit à petit. Beaucoup d'idées sont venues avec le personnage du prêtre(1). Je m'explique : je voulais d'abord faire le film en Italie pour une raison très simple, qui est que le rapport à la religion et au sacré y est normal. C'est un pays catholique, comme le Brésil. Cela veut dire qu'on peut mettre une vierge à côté du lit des personnages, ils ne sont pas pour autant croyants, c'est seulement ainsi que ça se passe. En France, comme probablement au Québec, lorsqu'on touche à ce type de représentation, tout de suite on fait « vieille France ». On peut y voir un côté réactionnaire. Mais je ne peux pas me passer de l'Église, car la mythologie est de l'ordre du divin ! En même temps, la représentation de l'Église m'emmerdait un peu. Mais bon : premièrement, il fallait bien montrer le prêtre en soutane et basta ; deuxièmement on pouvait dépeindre un village typique, comme dans une série télé des années 1950.

J'ai concentré la deuxième partie du film sur une maison, ce qui se passe dans le village est rapporté par l'arrivée des gens, par ce que le père peut en dire… En définitive, que voit-on dans le film ? Il y a trois décors : le Bois de Boulogne, un sous-sol et une maison, entourée d'arbres. Cela tend à nous enlever les repères de l'époque. Ce choix relève de contraintes, relatives à cette question du social. Ce sont les contraintes qui fabriquent le film.

Publicité
Commentaires
R
c tro de la merde
Publicité