Nous sommes tous des monstres/ Till Rabus
NOUS SOMMES TOUS DES MONSTRES
Les deux artistes, pour pratiquer la vidéo, n'en sont pas moins avant tout d'authentiques peintres. Originaires de Suisse, le duo fraternel ne craint pas l'image picturale même si certains de leur tableau peuvent inspirer l'effroi ou l'inquiétude enfantine. Je pense à ce portrait de " belle-mère " accompagnée de son enfant et qui, tout photo réaliste qu'il soit, n'en présente pas moins un nez monstrueux à faire frémir les héroïnes de contes de fée. Ou à ces deux jolies jeunes filles dans un parc d'attraction dont l'une arbore un sourire vorace de requin ou de vampire. Comme quoi fascination et horreur se confondent dans la même ambivalence. Chez Till Rabus la peinture est léchée, lorgne du côté de l'hyperréalisme mais qui aurait intégré la manipulation et le collage informatique. Comme quoi la peinture sait en permanence s'enrichir des technologies nouvelles, notamment celles qui la concurrencent ou prétendent régulièrement célébrer sa disparition définitive. Un détail inattendu et voici une situation idyllique transformée en scène inquiétante ou du moins surprenante, qu'il s'agisse de ces deux amies dont l'une voit sa bouche démesurément agrandie à la manière de certaines tribus africaines, ou encore ces jeunes gens au bord de l'eau, menacés par un monstre ectoplasmique. Till emprunte ses images à la réalité publique et les transpose sur des grands formats de telle sorte que l'on pourrait de loin les prendre pour des photographies géantes. De plus près, la monstruosité les fait basculer du côté du fantastique, mais d'un fantastique renouvelé, notamment quand il sollicite des personnages de cartoons. Enfin il n'est pas rare que Till Rabus laisse la peinture dégouliner de son propre poids comme pour créer un effet de distanciation. A l'étage la figure de Léopold Rabus est traitée de manière tout aussi tératologique mais d'une facture assez différente. D'abord elle est souvent centrée sur une toile qui par ailleurs intègre sa surface immaculée ; d'autre part du fait que le visage de ses personnages est démesurément agrandi, de façon quelque peu grotesque. Le graphisme est prépondérant par rapport à la matière colorée qui hante Till lequel se rapproche davantage de Hockney alors que Léopold se rapproche de Pat André, de Bacon. La difformité est érigée en esthétique qu'il s'agisse de bébés ou d'êtres bicéphales, ou de créatures en lévitation. Chez Léopold les langues se délient et lèchent les objets de manière obsessionnelle. Les animaux ne sont pas en reste notamment les lapins (" là peints ") dont la physionomie en gros plan grand format paraît terrifiante. Et puis Léopold sait parler aux poulets, à la manière de Beuys expliquant ses vues à un lièvre ou apprivoisant un coyote. Sa vidéo en témoigne, sorte de fable écologique où il joue le rôle d'un gourou d'une secte de volatiles empaillés. Les images sont somptueuses.
Tout ceci est inventif et prouve que certains trentenaires parmi les artistes peintres n'attendent pas le feu vert des compétences officielles pour s'adonner à une peinture qui nous semble promise à un brillant avenir. Fraternel et décomplexé. Ou qui allie, au-delà de la fantaisie débridée, comme le soutient le titre de leur exposition : Rigueur et fermeté. Et Vigueur et fraternité. Dans le même temps, les Collections de St Cyprien rendront hommage au méconnu Charles Lapicque, plus précisément à son œuvre graphique assez variée, toute en spontanéité et inventivité, parfois même en contemporanéité car les plus jeunes évolunet souvent sans le savoir dans la cour des anciens. BTN Jusqu'au 21 janvier. Collections de saint Cyprien, place de la République, St Cyprien village, (PO), 0466213207 Pour Lapicque : du 25-11 a06 au 11-03-07.
