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28 novembre 2006

La fracture sexuelle des toilettes publiques

La fracture sexuelle des toilettes publiques

Des queues chez les femmes, fluidité chez les hommes... Pourquoi tant d'inégalité?

Par Emmanuèle PEYRET

QUOTIDIEN : samedi 25 novembre 2006

avec

On ne peut pas non plus tout expliquer par l'échappée systématique d'un car de Néerlandaises surgissant aux toilettes de la station-service juste avant vous et vous mettant une bonne demi-heure d'attente dans la face. Au musée, au restaurant, dans les grands magasins, partout la queue aux «vécés femmes» s'allonge inexorablement, ces dames l'une derrière l'autre, tandis que ces messieurs entrent et sortent à grande vitesse d'un air jovial (en se reboutonnant souvent gaillardement à la sortie, ce qui en dit long sur le lavage de mains, mais c'est une autre affaire).

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Mais pourquoi diantre cette incroyable inégalité dans la file, demanda-t-on lors d'un dîner mondain. Mais, idiote, nous fut-il répondu, c'est parce qu'elles y restent plus longtemps, non ? Si, évidemment, c'est un argument, on n'y va pas plus souvent (sauf enceinte) mais on y passe plus de temps. Très précisément, selon un émérite universitaire américain, Alexander Cornell, hélas décédé mais qui a pu nous laisser l'oeuvre d'une vie, trente-neuf secondes pour les hommes et quatre-vingt-neuf secondes pour les femmes. Soit 2,3 fois plus longtemps, ce qui est dû, entre autres, à l'anatomie : trouver où poser son sac de dame, s'assurer de l'état de la cuvette, voir si on s'y assied ou pas, s'il faut l'essuyer ou pas, baisser le pantalon ou relever la jupe, baisser le collant ET la culotte, bricoler ses petites affaires de menstrues le cas échéant, s'essuyer, se rhabiller, bien souvent se débrouiller en plus avec un enfant greffé au bout des doigts... Contraintes anatomiques, donc, mais pas seulement.

Deux membres du conseil du district new-yorkais de Brooklyn ont voté en mai 2005 un projet de loi visant à rétablir l'égalité aux toilettes, l'aberration étant que les normes de construction dans les bâtiments publics sont telles qu'il faut un nombre d'espaces sanitaires égal pour les hommes et les femmes (en clair, si quatre chiottes femmes, quatre chiottes hommes). D'où l'indignation justifiée des deux membres du conseil (1) : «L'absence d'un nombre de toilettes suffisant pour les femmes [...] et les files d'attente qui en résultent sont parmi les discriminations les plus évidentes de notre société.» Ah, tu ne t'y attendais pas à celle-là, triompha-t-on dans ce fameux dîner, où l'on porta l'estocade : en plus, les espaces hommes sont souvent dotés d'urinoirs, ce qui, peut-on affirmer, multiplie quasiment par deux les capacités pour hommes. Une honte, quoi. D'autant que, nous explique Carl Graham de l'Ecole polytechnique (et très, très patient consultant), les files d'attente sont des phénomènes compliqués : si les femmes passent 2,3 fois plus de temps aux toilettes, ça ne veut pas dire que les queues sont 2,3 fois plus longues, non, non, non, trop simple.

Le Danois Erlang élabora au début du siècle dernier une intéressante théorie sur celles-ci, applicables en particulier aux réseaux de télécoms, dont on épargnera le détail mais qui dit en (très) gros que la différence de longueur entre les deux files d'attente croît exponentiellement avec le nombre de serveurs (téléphoniques). Bon. S'il y en a qui suivent encore, le Britannique Robert Matthews, qui en avait marre d'attendre sa femme dans les toilettes, applique les formules d'Erlang en utilisant les parallèles suivants : les lignes téléphoniques sont des cabinets, les clients sont les gens qui veulent y aller, la durée d'appel est la durée de séjour aux toilettes. Selon ses calculs, s'il y a C lignes-cabinets, si l'on multiplie la durée d'appel-séjour par un facteur X, alors la longueur moyenne de la file d'attente est multipliée par X à la puissance C + 1. Oui. S'il y a autant de cabinets et d'affluence de part et d'autre, la file d'attente chez les femmes sera donc, dans le cas qui nous occupe, 64,36 fois plus longue. C'est mathématique, qu'est-ce que tu veux que je te dise.

(1) Cités dans Science et Vie d'août 2006.

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Commentaires
O
Toute une tartine...et avec tout ca, on n'a toujours pas d explications sur le fait que les femmes radottent tout le temps ;p. Soit, il ne faut pas chercher de solution au problemes de chiottes, car les probleme se trouve chez les femmes...il faut toujours qu'elles y aillent a 3 minimum... histoire de faire causette sur le pot!!! Et dire que moi je recoit des commentaires quand j prend un livre avec...
S
Je présume que cela marche aussi pour le coiffeur, au gym (ou autres activitées physiques), ...etc. ??? :-s<br /> Je pense que oui, personnellement, puisque généralement là où la "clientèle" est à 100% féminine, il faut quasi-systématiquement plus de temps pour tout: avoir un rendez-vous, faire quelque chose, ...etc. <br /> <br /> Finalement, il y aura toujours une certaine inégalité entre l'homme et la femme... LoL<br /> ;-) :-p :-D
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