hommage à Armand Touati 2 decembre 06 Paris
Journée d'études
« Souffrances »
en hommage à Armand Touati
Organisée par les amis d'Armand Touati
Samedi 2 décembre 2006
École des psychologues praticiens
23 rue Montparnasse, 75006 PARIS
« À travers les cultures, les mots sèment et nourrissent des pensées pour mieux comprendre le monde. […] Les paroles circulent entre les penseurs, entre les êtres et étayent des transitions. La tension, entre les normes sociales et l'individu ne peut jamais être complètement dépassée mais elle peut prendre, à travers l'échange et la mutualité, forme humaine. »
Armand Touati,
Éditorial, Cultures en mouvement, n° 71, octobre 2004
Les amis d'Armand Touati, après la peine immense provoquée par sa disparition, puis consécutivement celle de la revue Sciences de l'Homme & Sociétés, ont souhaité organiser une journée sur le thème « Souffrances » qu'il avait choisi avec quelques uns d'entre nous pour le 7e colloque de Sciences de l'Homme et Société. Poursuivre l'énorme travail qu'il avait entrepris sur les mutations de notre temps, continuer la tâche inlassable qu'il s'était donné est notre façon de rendre hommage à cet homme exceptionnel. Durant le colloque sera annoncée la naissance de la revue Cultures & Sociétés, Sciences de l'Homme, qui s'inscrit dans l'inspiration qu'il nous a transmise, la volonté de poursuivre le mouvement qu'il a impulsé.
S.V.P. Pour des raisons pratiques veuillez confirmer votre présence à la journée d'étude en téléphonant à Dominique Platier-Zeitoun au 01 42 50 07 83
Matinée 9h30 - 12h30
Jean-Pierre Chartier
Psychanalyste, directeur de l'École de psychologues praticiens Paris/Lyon
Histoire d'une rencontre
Martine Lani-Bayle
Professeur en Sciences de l'éducation, Université de Nantes
Histoires en souffrances, souffrances en nos histoires
Entre le taire ou le dire et l'écrire
André Rauch
Professeur à l'université Marc Bloch de Strasbourg
Les bénéfices de la souffrance masculine
Roger Dadoun
Psychanalyste
Souffrir : « cancéreuse, amoureuse », poème
Thierry Goguel d'Allondans
Éducateur spécialisé, anthropologue
Renaître : (re) naissance d'une revue
Après-midi 14h30 - 17h
José Guey
Psychanalyste
La passion du débat
Jean-François Gomez
Chercheur en travail social, formateur
Le démantèlement du social ou la rencontre sans visage
Max Pagès
Psychologue, Psychothérapeute, ancien professeur de l'université Paris VII
La souffrance : point de vue d'un psychothérapeute
David Le Breton
Professeur à l'université Marc Bloch de Strasbourg
Anthropologie de la souffrance
Animation des débats : Nancy Midol
Des textes et réflexions d'Armand Touati, extraits de ses articles ou de ses livres seront lus entre les différentes interventions
Extrait de l'argumentaire préparé par Armand Touati pour le 7e congrès de Sciences de l'homme
« Dans les méandres de chaque histoire, il y a des déchirures, souvent des traumas, qui restent en attente, « en souffrance » comme on le dit d'une lettre qui n'a pas atteint son destinataire. Nous serions ainsi tous en souffrance… même si certains expriment un mal être de manière plus aiguë incarnant à leur insu l'injonction de la genèse à « multiplier les souffrances et enfanter dans la douleur ». L'étymologie nous ramène à la résignation devant l'inéluctable, les pertes successives et la mort alors que nous voulons vivre jusqu'au bout de la vie. Il faudrait « apprendre de la vie à souffrir la vie » (Chamfort). Les temps présents renforcent cette conception en donnant aux souffrances individuelles et collectives une place inégalée. Comme si, particulièrement en Occident, la souffrance devenait la manière privilégiée pour exprimer ses sentiments. La manifestation de la souffrance et du chagrin fait-elle partie des nouvelles civilités des émotions et des passions en modifiant notamment la manière dont le masculin s'y autorise ? […] Comment les interventions sociales, médicales et psychologiques peuvent-elles y répondre ?
Les interrogations sur la santé, sur la place et sur le statut du malade, sur la qualité de la relation de soin, deviennent centrales dans une société qui a fait de la technique son modèle dominant. La médecine contemporaine demeure trop soumise aux canons scientifiques en ayant du mal à reconnaître au malade une place de sujet, actif dans le traitement. Les soignants et les intervenants sociaux s'interrogent pourtant sur leur capacité d'accueil et leur ressenti qui les mettent souvent en péril pour écouter le « patient ». Quels sont les espaces de parole qui peuvent faciliter le dépassement des souffrances ? Comment lutter contre l'inertie des institutions ? Quel enseignement peut-on tirer des médecines d'ailleurs ? Quelles sont les approches psychothérapeutiques qui peuvent étayer une mobilisation du sujet pour faire des souffrances une aventure dynamique ? Le discours de la science nous met-il tous en souffrance ? Comment passer de l'emprise à la « priorité de l'autre » (Levinas) ?
Au-delà des pratiques institutionnelles, la définition de la santé est un enjeu de société et fait appel à une conception globale du fonctionnement social. Souffrances au travail, souffrances dans la parentalité, souffrances des victimes, autant de situations qui imposent un accueil et des dispositifs spécifiques. L'exigence du « toujours plus, toujours plus vite », la difficulté à penser une véritable écologie de l'humain en adaptant les structures sociales aux besoins des sujets caractérisent notre temps. Comment faire pour que l'obsolescence de la marchandise ne touche pas l'homme dans ses potentialités à soutenir un désir et à rester un acteur de son destin ? Si les souffrances deviennent la matière de l'œuvre de chaque existence, alors contrairement aux idéologies de « purification », chacun peut s'appuyer sur ses tensions pour les transformer en créations. Les artistes en portent à l'évidence témoignage. Ceux qui veulent pleinement prendre soin et non pas se cantonner à l'application d'une technique, aussi efficace soit-elle, peuvent devenir des passeurs qui donnent sens à la mémoire, du corps comme de l'esprit. Si nous sommes tous en souffrance, il est essentiel que les chercheurs et les praticiens des sciences de l'homme ouvrent des perspectives, pour faire des souffrances autant de leçons de vie pour demain. »