Esthétique de l’ordinaire
Barbara Formis Collège International de Philosophie
Esthétique de l’ordinaire : accidents, habitude, inoccupation.
Lecture d’Archibald Alison
Amphi B, Carré des Sciences, 1 rue Descartes, 75005 Paris
Lun 23 oct, Lun 13 nov : 18h30-20h30
Lun 27 nov : 18h-20h
Lun 15 jan, Lun 22 jan : 18h30-20h30
Intervenants:
- Lundi 23 octobre 2006:
Richard Shusterman (Université de Floride): Penser à travers le corps
Dominique Chateau (Univ. Paris I) : Alison: de son temps et du nôtre.
- Lundi 15 janvier 2007: André Charrak (Université Paris I): Alison et la musique
La pensée philosophique appréhende généralement l’expérience esthétique par sa différenciation avec l’ordinaire, et cela qu’il s’agisse de définir l’idée de beauté en accord avec les lois de la conscience spirituelle (Hegel), de promouvoir l’imagination à une forme libre de l’intersubjectivité (Kant) ou finalement de comprendre le goût comme une structure du contexte social (Bourdieu). Cette élévation de l’expérience esthétique se paie de la dévalorisation de l’ordinaire.
Mais une différence ne s’impose que si elle ne va pas de soi ; on ne distingue pas ce qui ne peut aucunement être confondu. Pour qu’une distinction entre l’expérience esthétique et l’expérience ordinaire devienne nécessaire, il faut un certain degré de ressemblance. La question est alors de savoir à quel niveau interviendrait une telle similarité : au niveau du vécu subjectif, des opérations cognitives ou du comportement somatique ?
Afin d’aborder cette question nous avons choisi de partir de la lecture du texte d’Archibald Alison : Essays on the Nature and Principles of Taste (Essais sur la Nature et les Principes du Goût, Edinburgh, 1790, non traduit). En puisant sa source dans les accidents de la vie, les habitudes personnelles et l’inoccupation (unemployment), ce livre méconnu fournit les principes d’une « esthétique ordinaire ».
L’analyse de l’œuvre d’Alison permet d’identifier une affinité profonde entre deux courants de pensée désormais considérés comme hétérogènes : le pragmatisme (Dewey) et la phénoménologie (Merleau-Ponty). L’esthétique de l’ordinaire devient ainsi le domaine de recoupement entre l’expérience pragmatiste et la perception phénoménologique. Le séminaire vise à réhabiliter le potentiel esthétique de la vie ordinaire par un questionnement sur le relativisme, l’ignorance et la répétition dans les appréciations de goût. Ce n’est qu’ainsi que l’ordinaire pourrait se distancier du banal, et se révéler par la même un appui essentiel pour le débat contemporain en esthétique.