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17 novembre 2006

Clinique de survie René Roussillon

Intervention publiée sous le titre "Les situations extrêmes et la clinique de la survivance psychique", dans un ouvrage sous la direction de Furtos J., Laval C., Ed. ERES, dernier trimestre 2005.

Abstract

Clinique de survie et enjeux thérapeutiques

René Roussillon, Professeur de psychologie, Université Lyon 2 (France).

La société contemporaine confronte le clinicien à des problématiques psychopathologiques qui, sans être nouvelles à proprement parler, contraint la pensée clinique à la nécessité d’infléchir certains de ses paradigmes fondamentaux.

Ainsi la présence de plus en plus nette d’une souffrance « narcissique-identitaire », implique une interrogation sur le processus de subjectivation qui est en échec dans ses formes cliniques les plus répandues. La capacité de se reconnaître sujet et agent de sa vie psychique, dans la relation à soi, aux autres et au socius, remplace l’enjeu de simple « prise de conscience » qui était au centre de l’interrogation clinique antérieure.

Cette inflexion paradigmatique entraîne toute une série de conséquences pour l’écoute clinique et le repérage des expériences subjectives alors considérées comme fondamentales pour l’organisation de la subjectivité.

En particulier la pensée clinique va devoir se pencher sur les stratégies de « survie psychique » que les sujets ont dû mettre en place pour faire face aux différentes formes de traumatismes rencontrées par le passé ou dans leur actualité. Ainsi la clinique contemporaine a t-elle été conduite à explorer les « logiques du désespoir » qui se développent quand les sujets ont été soumis à des conjonctures subjectives dans lesquelles ils ont été conduits à éprouver les états agonistiques qui caractérisent les états extrêmes de la subjectivité.

Les pratiques de soin qui ont alors devoir se développer subissent elle-aussi une inflexion significative dans la mesure de l’inadéquation relative des dispositifs de soins traditionnels. Les soignants vont devoir inventer de nouveaux types de dispositifs de rencontre clinique, ils vont devoir apprendre à se rendre « utilisables » et à rendre utilisables leurs compétences.  La « survie psychique » se met en place dans la solitude existentielle des expériences de déréliction, quand les capacités à trouver du plaisir dans la vie doivent laisser la place aux formes de la contrainte de répétition et à la nécessité de juguler le retour permanent des états de détresse traumatiques.

Là où la différence se donne d’emblée sous la forme du clivage et de l’exclusion c’est, à l’inverse une quête du semblable, voire du double, qui devient l’opérateur fondamental de la subjectivation. Ainsi la référence à l’affect et au « partage d’affect » passent-ils alors souvent au centre de l’activité thérapeutique, elles apparaissent comme une condition sine qua non des nouvelles formes de la rencontre clinique et de l’enjeu de ré-humanisation qui les organisent.

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