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30 septembre 2006

Jean Rustin A corps perdu

http://www.rustin.be/

Rustin

Mon corps est étendu, ou bien il est affaissé, on dirait qu'il est laissé à lui-même. Tu penses que j'exhibe, pour toi, mon intimité, que je l'étale à la fouille de ton regard ? Mais n'as-tu pas regardé mon regard à moi, qui lui, ne te regarde pas, quand il ne se réfugie pas derrière mes paupières?
Ce n'est pas mon intimité qui s'exhibe pitoyablement à ton voyeurisme, c'est moi qui essaie de la contempler depuis mon intérieur.
Sais-tu ainsi ce que je vois ? L'irreprésentable de ma chair. Sais-tu ce que j'entends alors ? Un silence liquide qui s'écoule comme le temps. L'indicible ? Je le tais pour le ressentir mieux.

Sais-tu ce que je cherche à entrevoir au fond de mon oeil atone ? Ce qui est le plus caché en moi, l'invisible bordé de visible. Quoi donc ? Non pas les organes que je méconnais, les aponévroses que j'ignore, les palpitations obscures que je ne pressens même pas. Non ! Ce que je recherche, c'est la cache même, c'est le point aveugle de ma rétine qui origine ma vue et que je ne puis que deviner par ses contours, que je poursuis sans jamais pouvoir le fixer, la dérobade même.

Ma nudité médite sur elle-même, elle inspecte ce qui se dissimule en deçà de sa pilosité : une nudité encore plus dénudée, et cette nudité secrète est comme mon point interne de perspective, la bonde où se vident et s'emplissent les tourbillons de mes humeurs, le trou noir de mon corps.

Non pas la mort à l'œuvre mais mon commencement et ma finalité, le principe qui me fonde comme existant.

Jean-Pierre Klein,
octobre 2002

Texte paru dans "Notre corps contemporain" T. 2 : corps de souffrance et sublimation, Art et Thérapie, 72/73, 2000
Un espace clos, simplifié et dramatisé, un dénuement complet, des personnages nus, sans âge, aux chairs flétries, terriblement fragiles, qui nous regardent. Pourtant, la grâce habite cette humanité disgraciée.

Jean Rustin dérange. En montrant ce que les mots ne peuvent pas dire, ce que nous cherchons à oublier et à cacher, il nous interpelle avec violence, tendresse et sensibilité. Ces mises en scènes de la vulnérabilité, de l’isolement et de la vanité renvoient celui qui regarde à sa propre image.

"J'ai conscience qu'il y a derrière cette fascination du corps nu vingt siècles de peinture, surtout religieuse… C'est bien dans le corps, dans la chair que finalement s'écrit l'histoire des hommes et peut-être même l'histoire de l'art." Jean Rustin

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