Delphine Censier, modèle unique pose dans Newlook
"Montrer son corps. Ne plus le cacher. L'exposer au regard de tous. Le donner à voir, à observer, à désirer... Sur de grandes photos, les courbes et la peau de Delphine Censier. A Rennes, dans la galerie marchande d'un centre commercial en mai dernier ; à Millau pour un colloque sur le corps et son image en juin ; à Paris, lors du dernier salon Autonomic... ailleurs bientôt (voir encadré). Partout en France où son exposition est programmée, cette rennaise de vingt ans, traits fins et regard bleu perçant, s'affiche aux murs. Une centaine de photos, en couleur et en noir et blanc, où elle apparaît en dessous chics et poses plus ou moins lascives. Des photos d'une femme fière d'un corps dont elle a si longtemps eu honte.
A l'origine, ces clichés n'étaient pas destinés à être rendus publics. Delphine les avait fait juste pour elle. Pour enfin oser affronter ce corps de tétraplégique trachéotomisée qu'elle n'avait jamais regardé, touché, caressé, ... "Je ne m'aimais pas. J'avais d'ailleurs été anorexique pendant quatre ans. De moi, je ne voyais que ma canule, mes cicatrices, mon fauteuil et mon corset. Une image médicale." L'idée est née d'une discussion entre amis comme un pari. Quelques mois plus tôt, en juin 2002, elle avait quitté l'institut d'éducation motrice où elle s'apprêtait à rentrer en terminale. Un appartement, la vie autonome, une soif énorme de liberté suite à toutes ces années passées en établissements spécialisés, "l'envie de croquer la vie" , d'être maître de son destin après avoir subi le carcan de la collectivité... Le besoin aussi de se sentir femme."