27 mai 2010

« Attention, conscience, conscience de soi

Centre National de la Recherche Scientifique

Ecole Normale Supérieure - 45, Rue D'Ulm, 75230 Paris Cedex 05

Umr 8547 - Pays Germaniques: Histoire, Culture, Philosophie:

Transferts Culturels - Directeur: Michel Espagne

Archives-Husserl - Directeur: Jocelyn Benoist

 

 

Phénoménologie de l’attention III

« Attention, conscience, conscience de soi »

 

organisées par les Archives-Husserl (Paris)

sous la responsabilité de N. Depraz

 

Calendrier des activités

(2009-2010)

 

lundi 16 novembre (17h-19h)

samedi 30 janvier 2010 (10h-13h ; 14h30-16h30)

samedi 29 mai 2010 (10h-13h ; 14h30-16h30)

 

Présentation

 

 Dans le prolongement des années précédentes, consacrées respectivement (2007-2008) à la relation entre attention et perception (sur la base de la lecture du volume XXXVIII des Husserliana, intitulé Perception et attention), puis (2008-2009) à la relation entre l’attention conjointe, l’intersubjectivité et l’inter-attention à la croisée de la phénoménologie, de la psychologie expérientielle/expérimentale et de la philosophie de l’esprit, les journées de cette année s’attachent à explorer les modalités de la relation entre l’attention et la conscience, en faisant droit, notamment, aux phénomènes de la conscience de soi, de la prise de conscience, de la conscience dite pré-réfléchie, de la vigilance, de la veille et de l’éveil.

 Pour construire un espace structuré de discussions autour de cette problématique à la fois centrale et complexe, nous souhaitons mettre à profit des ressources émanant de trois champs complémentaires, à même de générer, du fait de leur mise en présence, de nouvelles questions voire de nouvelles données : l’approche phénoménologique, dans sa dimension tout à la fois historique (notamment le Husserliana consacré aux Etudes sur la structure de la conscience, en cours d’édition) et expérientielle, l’approche neuroscientifique en troisième personne, l’approche psychologique, tout à la fois cognitive et en première personne.

 Notre hypothèse de base, concernant le lien entre attention et conscience, se déploie sur trois axes : d’une part, il s’agira d’interroger la co-extensivité (parfois assumée tacitement, parfois questionnée, mais jamais explicitée) entre conscience et attention ; d’autre part, il convient, à la lumière de l’expérience attentionnelle, de revenir sur l’identification entre conscience (de soi) et réflexion, y compris pour interroger le concept de « pré-réfléchi » ; enfin, corrélativement, il s’agit de se pencher sur l’intérêt d’une entente dynamique, processuelle de l’attention en termes de devenir-attentif et de ses liens possibles avec le phénomène de la prise de conscience.

 Dans chacun des cas, un croisement des méthodologies, en première, deuxième et troisième personnes semble offrir un cadre pluriel heuristique à tester, et ce, pour vérifier dans quelle mesure de nouveaux concepts et de nouvelles données peuvent en émerger.

 

Programme

 

1) Lundi 16 novembre, 17h-19h, ENS, 46 rue d'Ulm, Salle de Conférences

 

Conférence de Shaun GALLAGHER

Professeur en philosophie et sciences cognitives à Florida University,

Professeur invité au Centre de recherches en  épistémologie appliquée (CREA)

 

Coordination and co-constitution in joint attention

 

 

Abstract I argue against the idea that joint attention requires the psychological coordination of attention, conceived as a coordination of mental states or propositional attitudes. Coordination in joint attention is better characterized in terms of embodied interaction. I'll use a number of examples to make the case, including examples from developmental and empirical studies and the phenomenology of football.   Finally, I'll discuss the notion of participatory sense making as the shadow of the transcendental -- that is, as a naturalized version of Husserl's transcendental intersubjective constitution of meaning.

 

 

 

 

2) Samedi 30 janvier 2010, ENS, 45, rue d’Ulm, Salle Cavaillès

 

10h-13h

Natalie Depraz, Ouverture de la journée : « Conscience, attention, réflexion : le problème du pré-réfléchi »

Peter Hobson, « Self- and other consciousness: A perspective from autism »

Claire Petitmengin, « La micro-dynamique pré-réfléchie de l'expérience »

 

14h30-16h30

Pierre Vermersch, « L’attention entre phénoménologie et psychologie : un parcours, des questions »

Dieter Lohmar, « Attention on the self in non-linguistic modes »

 

3) Samedi 29 mai 2010, ENS, 45, rue d’Ulm, Salle Cavaillès

 

10h-13h

Natalie Depraz, Ouverture de la journée : « Devenir-attentif, prendre conscience : synthèse passive et dynamique pré-attentionnelle »

Lionel Naccache, « Neurophysiologie de la prise de conscience : des indices pour revisiter quelques concepts de la Phénoménologie ? »

Hanne Jacobs, « Vigilance dans la nuit : Affection, attention et conscience de soi »

 

14h30-16h30

Eduard Marbach, « Sur la relation entre l’attention et la conscience, en particulier eu égard à la conscience d’imagination »

Karl Mertens, « Ascription and Attention. Towards a Phenomenology of Action »

 

Résumés de la journée du 30 janvier 2010

 

Natalie Depraz, Ouverture de la journée : « Conscience, attention, réflexion : le problème du pré-réfléchi »

 

Poids de l’acte réflexif à titre de composante définitionnelle de la conscience, vis-à-vis de quoi la dynamique attentionnelle est le plus souvent écartée en vertu de son marquage essentiellement empiriste ; rôle fondamental de l’acte perceptif comme basse continue où peut simplement venir se greffer le vécu attentionnel. Tel est le paysage standard des relations entre réflexion, perception et attention dans la phénoménologie de Husserl. Est-ce le premier et le dernier mot de ce dernier ?

 Je voudrais montrer qu’il y a davantage chez Husserl, y compris très précocément, à savoir dans les années autour des Recherches logiques, que cette présence marginale ou latérale de l’attention, au mieux adossée à la perception, ou pire, critiquée depuis la réflexion. En ménageant dès 1904-1905 un contraste net avec la perception et, plus encore, avec la réflexion, le phénoménologue ouvre la voie à une interrogation critique de fond sur l’usage du terme « pré-réfléchi » pour qualifier le processus de la dynamique attentionnelle inhérent à l’émergence graduelle de la conscience.

 

Peter Hobson (Tavistock Clinic and University College, London) : « Self- and other-consciousness: A perspective from autism »

 

In this presentation, we shall consider the nature and development of human interpersonal engagement and awareness.  We shall draw upon research in the field of autism, in order to highlight features of self- and other-consciousness, including phenomena of joint attention, that might otherwise be overlooked. We shall suggest that the specifically human propensity to identify with the attitudes of others gives rise to radically new forms of self/other-consciousness and co-consciousness.

 

Claire Petitmengin (Centre de recherche en épistémologie appliquée) « La micro-dynamique pré-réfléchie de l'expérience »

Nous nous intéresserons à une dimension profondément pré-réfléchie de notre expérience vécue, qui semble jouer un rôle essentiel dans la genèse d'une compréhension, d'un sens. A partir de plusieurs exemples, nous explorerons les caractéristiques structurelles de cette dimension, qui semblent très différentes de celles de notre expérience ordinaire. Notamment, la distinction entre un espace "intérieur" et un espace "extérieur", entre un sujet percevant et un objet perçu, et entre les différentes modalités sensorielles, y est beaucoup plus perméable que dans l'expérience dont nous sommes habituellement conscients. Nous nous intéresserons également aux micro-opérations pré-réfléchies que nous réalisons pour entrer en contact avec cette dimension, ainsi qu'à la mise en disposition attentionnelle qui permet d'en acquérir une conscience réfléchie. Ces investigations nous amènerons à nous interroger sur la pertinence du terme "pré-réfléchi".

 

Pierre Vermersch (CNRS) : « L’attention entre phénoménologie et psychologie : un parcours, des questions »

 

 Depuis une dizaine d’années, j’ai produit plusieurs articles sur l’attention, étudiée dans l’œuvre de Husserl, puis plus largement dans la perspective d’une psychologie en première personne (www.expliciter.fr, en page d’accueil dossier Attention et phénoménologie). La traduction récente du recueil « Phénoménologie de l’attention » de Husserl (Vrin, 2009) et l’introduction détaillée de N. Depraz qui la présente renouvellent un certain nombre de questions : un programme de recherche sur l’attention est-il possible en phénoménologie ? A quelles conditions une phénoménologie de l’attention est-elle réalisable ? Quelles questions de recherche sur l’attention ? Quelles méthodes pour y répondre ? L’étude en première personne du vécu attentionnel peut-elle produire une phénoménologie de l’attention ?

 

Dieter Lohmar (Universität zu Köln) : « Attention on the self in non-linguistic modes »

 

 The broader context of my discussion is an investigation in non-linguistic modes of representing objects their properties, present and future events, their relations and all other important elements of our relation to the world which we live in. Non-linguisitic modes of representations are to be found in humans in the modes of daydreaming using scenic phantasma together with feelings to represent cognitive, evaluative and volitive objects (and events). It is highly probable that we are also able to find this non-linguistic modes of thinking in higher animals. This programm includes also the search for non-linguistic modes of self-awareness. If we interpret a reflective intention on myself as based on the use of the conceptual means of language, then we link self-consciousness exclusively to the ability to conceive myself as an "I". This high-level acess to the relation of a living creature to itself is often confronted and relativized by forms of low-level acquaintances with myself in non-reflective modes like in feeling myself and experiencing the kinaesthetic aspects of my movements. In contrast, non-linguistic modes of self-awarenenss and self-attention form a kind of selfstanding medium-level acess that may point out to have partly characteristiques of the reflective attitude and partly of the non-reflective givenness of the ego. The aim of my contribution is to establish some central elements of this medium-level part of the story of our selfconsciousness. This will be done in phenomenological acess by interpreting important elements of our scenic-phantasmatic life also taking into concern research in developmenta psychology and modern primatology.

 

Résumés de la journée du 29 mai 2010

 

Natalie Depraz (Université de Rouen/Archives-Husserl/CREA), Ouverture de la journée : « Devenir-attentif, prendre conscience : synthèse passive et dynamique pré-attentionnelle »

 

Pour décrire précisément la prise de conscience comme un « devenir-attentif », on dispose du côté de la phénoménologie comme des neurosciences de ressources remarquables, non-nécessairement symétriques ni homogènes d’ailleurs, mais qui dessinent une cartographie assez fascinante, car les deux niveaux d’analyse sont à même, ici, de se générer mutuellement l’un l’autre : ainsi, pour commencer, la composante que l’on dira provisoirement et de façon générique « processuelle » se nomme en phénoménologie « synthèse passive » et en neurosciences « cécité inattentionnelle » : elle met au jour un niveau de conscience situé en deçà de la référence à l’objet, et non-nécessairement corporel, même si le corps peut en donner une indication ; puis, la composante « temporelle », que l’on appréhende en phénoménologie en termes de genèse rétentionnelle et protentionnelle, et en neurosciences dans le cadre émergentiste de l’apprentissage implicite, qui n’est seconde que pour des raisons d’exposition ; enfin, la composante émotionnelle, qui se décline en termes phénoménologiques comme « plaisir », « affection » et « affect », et se formule en neurosciences sous l’expression d’une « facilitation », « potentiation » ou « enhancement » de l’attention (perceptive) par l’émotion. Ces trois composantes dessinent les contours d’une configuration co-ordonnée qui permet de mieux saisir comment la processualité de l’expérience attentionnelle est structurée, dont je voudrais m’attacher à évaluer les ressources respectives, et où l’héritage philosophique historique, y compris dans ses enjeux critiques internes, et la situation expérimentale et épistémologique contemporaine peuvent ici plus qu’ailleurs faire véritablement alliance.

 

Lionel Naccache (INSERM/CEA), « Neurophysiologie de la prise de conscience: des indices pour revisiter quelques concepts de la Phénoménologie ? »

 

Il est désormais possible de suivre avec une résolution temporelle assez fine la dynamique des activations cérébrales qui accompagnent la prise de conscience d’un objet visuel. La présentation de ces résultats, et de leurs interprétations, nous conduit ainsi à donner une nouvelle intelligibilité au concept de « représentation », à revisiter ses relations avec celui de conscience, et à relire celui d’« intentionalité » dans sa formulation la plus naïve, c'est-à-dire que la conscience est indissociable de son contenu.

 

Hanne Jacobs (Université de Leuven), « Vigilance dans la nuit : Affection, attention et conscience de soi »

 

Dans un manuscrit de 1921, Husserl écrit : «Aber sicher ist doch dies, dass Selbstbewusstein und abgegrenztes Erlebnis notwendig zusammengehen, nur wo abgehobene Erlebnisse <sind>, da ist auch das Ich da.» (Hua XIV, 53) et il attribue cette pensée à Leibniz. Quelle est la relation entre relief affectif, prise de conscience attentive, conscience de soi et présence de l’ego? Comment une description du phénomène de l’affection et celui de l’attention peut éclaircir la différence entre l’état de veille, le sommeil sans rêve, et la conscience du rêve ? L’élaboration phénoménologique de ces questions nous montre non seulement comment la phénoménologie confirme un aspect de la théorie Leibnizienne de l’attention et de l’apperception, mais aussi comment elle implique une critique sur une analogie favorite de Leibniz, à savoir celle entre l’inconscient et le sommeil.

 

Eduard Marbach (Universität zu Bern) : « Sur la relation entre l’attention et la conscience, en particulier eu égard à la conscience d’imagination »

 

Selon Husserl, pour toute expérience intentionnelle le mode de « vivre dans » (« Darinleben ») cette expérience ou de la « performance » (« Vollzug ») de cette expérience se distingue avant toute réflexion, au plan de la conscience pré-réfléchie . Ce mode équivaut à l’attention actuelle sur l’objet de cette expérience, et dès les Idées de 1913, Husserl désigne ce mode de conscience par l’expression « cogito », lui attribuant par ce fait même une relation particulière au ‘je’.

Dans cet exposé, quelques réflexions seront d’abord présentées concernant la relation entre l’attention et la forme de conscience du « cogito » en général. Ensuite quelques-unes des questions qui se posent seront approfondies et différenciées moyennant une analyse détaillée de différents modes de « vivre dans » la conscience d’imagination et de diverses manières d’être attentif actuellement ou quasiment, en tant que performant actuellement l’acte d’imagination ou en tant qu’étant attentif « dans » l’imagination.

 

Karl Mertens (Würzburg Universität) « Zuschreibung und Aufmerksamkeit. Überlegungen zu einer Phänomenologie des Handelns » bzw. « Ascription and Attention. Towards a Phenomenology of Action »

 

Is a person responsible for what she does? Is that what she does a kind of simple behaviour or a specific action? When answering such questions we usually employ the concept of intention. Due to its central role in our every-day language about action the concept of intention is the leading concept for the analysis of action in the contemporary philosophical theory of action. – The paper will focus on the constitutional genesis of the concept of intentional action.

I will argue that every determination of a specific action as well as our linguistic references to someone’s intention is based on a social situation of communication. The speech of actions and intentions is the result of ascriptions (as H.A.L. Hart has pointed out). This insight can be gained from an ordinary language approach.

In addition, a phenomenological approach to the theory of action deals with the conditions and presuppositions of ascriptions which are socially acceptable. In this respect, I should like to show first that ascriptions of actions and intentions must be adequate to the behavioural structure of what someone is doing; and second that what is ascribed is also an object of a specific attention which is concerned with what it is like to be an actor who could possibly perform this action.

 

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