Leblogducorps

Actualité de la recherche SHS sur le corps

31 décembre 2007

Female Masculinity

Posté par bodyepistemology à 08:24 - Notesdelecture - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Kannibal

Erik Rémès s'inspire d'un fait divers découvert le 10 mars 2001 en Allemagne. Une personne a accepté de se faire torturer, tuer et manger par un internaute, Ralf M. Ce dernier a filmé l'intégralité de cette mise à mort. L'auteur propose de remonter dans le passé du cannibale pour comprendre ses motivations et revivre ses semaines précédant le drame.

Posté par bodyepistemology à 08:19 - Notesdelecture - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Comment penser le comportement animal

*Comment penser

le comportement animal ?*

Colloque INRA/EHESS

sous la responsabilité de Florence Burgat

philosophe, directeur de recherche à l’INRA, Paris

organisé en deux sessions :

les 21 et 22 janvier 2008 à l’EHESS,

les 2 et 3 avril 2008 à l’INRA Paris.

Dire qu’un animal

Le comportement serait constitué par un type de manifestations qui n’appartiendraient qu’à

certains vivants et formerait un flux continu et spontané dont l’étude segmentée détruirait la

nature propre.

Pourtant, ce sont de brèves séquences comportementales isolées de l’ensemble dans lequel

elles s’inscrivent, plongée en outre dans l’univers du laboratoire, que l’on choisit le plus

souvent d’étudier. Mais a-t-on encore affaire à un comportement ?

se comporte à l’égard de ce qui l’entoure qu’est-ce à dire ?

Contacts :

INRA Unité TSV - secrétariat

65 Boulevard de Brandebourg

94205 Ivry-sur-Seine Cedex

tél. : 01 49 59 69 92

fax : 01 46 70 41 13

courriel : sylvie.rezard@ivry.inra.fr

Florence Burgat

INRA unite TSV

fax : 01 42 75 94 68 (ds sed)

burgat.florence@wanadoo.fr

https://colloque.inra.fr/comportementanimal

Inscriptions :

Merci de bien vouloir vous inscrire

par fax, ou par courrier électronique ou postal

Première session : 21-22 janvier 2008

EHESS, Amphithéâtre, 105 bd Raspail, 75006 Paris

Lundi 21 janvier 2008

14h00-14h15 : Ouverture du colloque par Danièle Hervieu-Léger, Présidente de l’EHESS.

I. Vie et comportement

Président : Heinz Wismann

14h15-15h15

Nancy)

André Pichot (épistémologue et historien des sciences, chercheur au CNRS,: Le comportement et la vie

15h15-16h15

international de philosophie et enseignant en classes préparatoires, Paris)

Le renversement opéré par Kurt Golstein et par Erwin Straus : le réflexe

comme comportement.

Jean-François Nordmann (philosophe, directeur de programme au Collège:

16h15-16h30

Pause

16h30-17h30

de Paris I)

Elisabeth de Fontenay (philosophe, maître de conférences honoraire de l’université: Ceux que l’animal ne regarde pas.

17h30-18h30

La technicité animale à la lumière de la pensée de Gilbert Simondon

Xavier Guchet (philosophe, maître de conférences à l’université de Paris I) :

18h30

Discussion générale

Mardi 22 janvier 2008

II. Le problème des conditions d’observation des animaux

Président : Joseph Bonnemaire

09h30-10h30

l’EHESS, Paris)

autre regard sur la notion de ressources ?

Bernard Hubert (écologue, directeur de recherche à l’INRA et directeur d’études à: Le comportement animal peut-il nous aider à concevoir un

10h30-11h30

approche socio-éthologique

Marion Vicart (doctorante en sociologie, EHESS, Paris) : Le chien : pour une.

11h30-12h30

Professeur de psychoneuroimmunologie à l'université de l'Illinois à Urbana-

Champaign)

sciences du comportement ?

Robert Dantzer (docteur-Vétérinaire, docteur es-Sciences, psychobiologiste,: La parcellisation du comportement, un détour nécessaire pour les

12h30-14h30

Déjeuner

III. Controverses autour de la notion de comportement

Président : Bernard Hubert

14h30-15h30

Paris IV)

critères.

Philippe Devienne (docteur vétérinaire et docteur en philosophie de l’université de: Le comportement douloureux chez l’animal : entre symptômes et

15h30-16h30

Marseille)

Frédéric Joulian (éthologue et anthropologue, maître de conférences à l’EHESS,: Nature du comportement et évolution.

16h30-17h30

François Calatayud (éthologue, chargé de recherche, INRA, Toulouse) :

Du comportement « fait de Nature » au discours de l'éthologiste. Réflexions sur

la place de la subjectivité en éthologie.

17h30

Discussion générale

Seconde session : 2-3 avril 2008

INRA, Amphithéâtre, 147 rue de l’Université, 75007 Paris

Pré-programme

Mercredi 2 avril 2008

(après-midi : 14h – 18h)

Ouverture du colloque par Guy Riba, directeur général délégué de l’INRA

I. Vie et comportement

Louvain)

animal.

Georges Thinès (psychologue et philosophe, professeur honoraire de l’université de: Perspectives phénoménologiques dans l’étude du comportement

partir d'une relecture de Maurice Merleau-Ponty.

Jacques Dewitte (philosophe, Berlin) : Qu'est qu'un comportement ? Réflexions à

II. Le comportement animal : perspectives historiques et critiques

Humaines et Sociales, Université de Liège)

la constitution de l’étude du comportement animal à la fin du XIXème siècle.

Véronique Servais (psychologue, maître de conférences, Institut des Sciences: Le rôle de l’anthropomorphisme dans

Genève)

Lorenz.

Jenny Litzelmann (doctorante en philosophie, université de Paris I et université de: Redéfinition des notions d’instinct, d’inné et d’acquis chez Konrad

Jeudi 3 avril 2008

(toute la journée)

III. Le problème des conditions d’observation des animaux

Louis Pasteur, Strasbourg)

éthologie et psychologie animale au début du XXe siècle.

Marion Thomas (historienne des sciences, maître de conférences à l’université: Entre laboratoire et terrain, les recherches en

réseau AGRI-Bien-être animal)

critères d’évaluation.

Isabelle Veissier (biologiste, directeur de recherche, INRA, Theix, co-animatrice du: Le « bien-être animal » : approches théoriques et

Patrick Duncan, sous réserve

III. Controverses autour de la notion de comportement

économiques de Limoges OMIJ)

droit positif.

Jean-Pierre Marguénaud (juriste, Professeur à la Faculté de Droit et des Sciences: Le comportement des animaux à la lumière du

vie » : un concept central de la pensée de Tom Regan.

Enrique Utria (doctorant en philosophie, université de Rouen) : Être « sujet d’une

Comment penser le comportement animal ?

Florence Burgat

Dire qu’un animal

Le comportement serait constitué par un type de manifestations qui

n’appartiendraient qu’à certains vivants et formerait un flux continu et spontané

dont l’étude segmentée détruirait la nature propre. Pourtant, ce sont de brèves

séquences comportementales isolées de l’ensemble dans lequel elles s’inscrivent,

plongée en outre dans l’univers du laboratoire, que l’on choisit le plus souvent

d’étudier. Mais a-t-on encore affaire à un comportement ? Ne l’a-t-on pas ainsi réduit

à l’un des éléments qui le composent : les mécanismes physiologiques, le

programme génétique, les opérations cognitives, etc. ? A l’opposé de cette

perspective, le comportement est compris par les approches phénoménologiques

comme l’expression d’une liberté, une relation dialectique avec le milieu, quelque

chose " qui se détache de l’ordre de l’en-soi ", selon les termes de Maurice Merleau-

Ponty (

conception philosophique de l’animal et ses conditions d’observation sont étroits et

réciproques.

Après avoir éclairé les fondements théoriques de ces options, nous aurons à

nous interroger sur les raisons de la prédominance des études de laboratoire et des

courants de l’éthologie qui en sont issus. On se demandera quel type de bénéfices

peut être tiré d’une telle production de connaissances, bénéfices que le choix des

espèces à propos desquelles ce type d’observation est conduit est certainement de

nature à éclairer. Les enjeux de notre interrogation sont donc aussi moraux et

politiques. Il y va en effet des conditions de vie de millions de mammifères et

d’oiseaux destinés à la consommation, dans la mesure où c’est à la biologie du

comportement et aux critères physiologiques qu’est confiée la détermination de

leurs " besoins éthologiques ".

Un travail de réflexion sur l’objet que l’on se donne est à construire ; travail

épistémologique d’une part, réflexion sur la part idéologique qui peut entrer dans

l’étude d’autre part. Une fois ce pas franchi, la question portant cette fois sur les

conditions de possibilité de la

clairement. Comment, dès lors, élaborer une éthologie plus juste, tant du point de

vue de la compréhension du comportement que de celui des besoins, au sens large,

des animaux placés sous la domination de l’homme ? *

se comporte à l’égard de ce qui l’entoure qu’est-ce à dire ?La Structure du comportement, p. 136). Les liens qui se font jour entre laconnaissance du comportement animal apparaît plus

Posté par bodyepistemology à 08:16 - Colloque - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 décembre 2007

De l'autre côté

Le Synopsis officiel du film (Pyramide Distribution) : :
Malgré les réticences de son fils Nejat, Ali, qui est veuf, décide de vivre avec Yeter, une prostituée d'origine turque comme lui. Mais Nejat, jeune prof d'allemand, ne tarde pas à se prendre d'affection pour Yeter lorsqu'il comprend qu'elle envoie presque tout son argent à sa fille en Turquie, pour lui payer des études supérieures. La mort accidentelle de Yeter éloigne durablement le père de son fils. Nejat se rend à Istanbul dans l'espoir de retrouver la trace d'Ayten, la fille de Yeter. Mais Nejat ignore qu'Ayten, activiste politique d'une vingtaine d'années, a fui en Allemagne pour échapper à la police turque. A Hambourg, Ayten sympathise avec Lotte, une étudiante allemande aussitôt séduite par le charme et l'engagement politique de la jeune Turque. Lotte propose même à Ayten de l'héberger chez elle, malgré les réticences de sa mère, Susanne. Arrêtée et placée en détention, Ayten est finalement reconduite à la frontière puis incarcérée en Turquie. Sur un coup de tête, Lotte décide de tout abandonner et de se rendre en Turquie, où elle se heurte à une bureaucratie pesante : tous les efforts pour faire libérer Ayten semblent vains. Elle rencontre Nejat par hasard et devient sa colocataire. Un événement tragique fait prendre à Susanne la décision de venir à Istanbul pour remplir la mission de sa fille. En se rapprochant de Susanne, Nejat ressent le besoin de renouer avec son père qui vit désormais en Turquie, au bord de la mer Noire. Il décide alors de partir à sa recherche …

Posté par bodyepistemology à 08:26 - acteur/trice corporel - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Tourisme et Altérités

Tourisme, mobilités et altérités contemporaines


Résumé

On assiste aujourd’hui un peu partout dans le monde au développement sans précédent d'une mobilité touristique impliquant des flux à la fois humains, techniques, financiers et culturels. Longtemps, les sciences sociales ont soit ignoré ce phénomène – notamment dans le milieu francophone –, soit l'ont cantonné à une dimension essentiellement ludique et occidentale. C'est à cette double lacune que sera consacré ce numéro thématique de Civilisations. Il s'agira d'une part de montrer les implications politiques et épistémologiques du tourisme, et d'autre part d'accorder davantage d'attention aux pratiques et aux représentations des touristes non occidentaux.


Annonce

Tourisme, mobilités et altérités contemporaines

Appel à contributions - 15 février 2008

Civilisations vol. 57 (1-2)

A paraître en 2008

On assiste aujourd’hui un peu partout dans le monde au développement sans précédent d'une mobilité touristique impliquant des flux à la fois humains, techniques, financiers et culturels. Longtemps, les sciences sociales ont soit ignoré ce phénomène – notamment dans le milieu francophone –, soit l'ont cantonné à une dimension essentiellement ludique et occidentale. C'est à cette double lacune que sera consacré ce numéro thématique de Civilisations. Il s'agira d'une part de montrer les implications politiques et épistémologiques du tourisme, et d'autre part d'accorder davantage d'attention aux pratiques et aux représentations des touristes non occidentaux.

Tourisme et anthropologie: enjeux méthodologiques et épistémologiques

Le tourisme s'accompagne de la généralisation de nouvelles formes de visualisation, de mise en scène et de consommation des différences culturelles. Les populations étudiées traditionnellement par les anthropologues sont engagées dans un processus de marchandisation d'elles-mêmes visant à les transformer en objet de désir, ce qui a d'importantes implications pour les conditions de l'enquête et le type de savoir produit par l'anthropologie. L'un des objectifs de ce numéro spécial sera précisément de cerner le caractère problématique de l'objet "tourisme" en anthropologie et d'en montrer les implications méthodologiques et épistémologiques. En quoi un ethnologue se différencie-t-il d'un touriste sur un terrain mondialisé ? Quelle pertinence attribuer aux questions d'authenticité et comment les traiter ? Comment le savoir ethnographique est-il utilisé par les touristes et par ceux qui en sont les hôtes ?

Tourisme, Etat et Nation : enjeux politiques des mobilités de loisir

Le tourisme possède aussi de multiples dimensions politiques : il fait l'objet de procédures d'encadrement particulières de la part des Etats ; il alimente la construction de lieux et de réseaux culturels spécifiques ; il participe de la reformulation des grilles identitaires, des rapports à l’État, à la Nation, aux populations voisines, à l'histoire et au territoire. Historiquement, c'est le nationalisme qui a rendu le territoire attractif et qui en a permis la valorisation et la protection. En d'autres termes, ce ne sont pas la différence et l'extraordinaire qui ont créé les touristes mais leur contraire, le prolongement de l'appartenance et la perspective de prendre place dans des cultures nationales qui les attiraient (Franklin, 2004 : 298). Au travers de ce processus, le tourisme a permis la reproduction ou la modification de hiérarchies sociales, globales et locales. Il peut même être considéré comme un phénomène néo-colonial, la mobilité d'une fraction privilégiée de la population mondiale contrastant avec l'immobilité contrainte – ou les migrations forcées – de ceux qui ne peuvent prétendre être des touristes et/ou qui en sont les hôtes.

Les touristes non occidentaux : pratiques et représentations

Enfin, les touristes non occidentaux sont aujourd'hui de plus en plus nombreux – souvent dans leurs propres pays (tourisme domestique ou national) à défaut de pouvoir l'être facilement dans les nôtres – mais restent encore relativement peu étudiés. Un renversement de perspective devrait mettre à jour moins des comportements différents que des désirs asymétriques et des productions idéologiques spécifiques aux cultures et aux nations concernées. Il montrera également que les dynamiques sociales du tourisme expriment, sous la forme d’un jeu de miroir, les inégalités économiques et les enjeux politiques de l’accès à la mobilité de loisir. Enfin, ce décentrement éclairera le caractère fondamentalement transnational de l'activité touristique, soit parce qu'elle souligne l'artificialité de frontières héritées de la colonisation, soit parce qu'elle participe à l'échelle globale de la reconfiguration des relations entre les pays du Sud et l'Occident.

Les articles pourront envisager ces phénomènes selon différents angles – géographiques, historiques sociologiques, anthropologiques. L’objectif général de ce numéro sera d’inscrire la question du tourisme à la fois dans une économie globale des signes et dans une anthropologie politique des formes de mobilités.

Les propositions d'articles, en anglais ou en français (un titre et un résumé de 200 mots maximum), sont à envoyer avant le 15 février 2008 au secrétariat de la revue (civilisations@ulb.ac.be) et aux deux responsables du numéro : Anne Doquet (annedoquet@yahoo.fr) et Olivier Evrard (evrard@bondy.ird.fr ou olivier.ev@free.fr).

Civilisations est une revue d’anthropologie à comité de lecture publiée par l'Institut de Sociologie de l'Université libre de Bruxelles. Publiée sans discontinuité depuis 1951, la revue publie, en français et en anglais, des articles relevant des différents champs de l’anthropologie, sans exclusive régionale ou temporelle. Relancée depuis 2002 avec un nouveau comité éditorial et un nouveau sous-titre (Revue internationale d’anthropologie et de sciences humaines), la revue encourage désormais particulièrement la publication d’articles où les approches de l’anthropologie s’articulent à celles d’autres sciences sociales, révélant ainsi les processus de construction des sociétés.

Informations et conseils aux auteurs disponibles sur : http://www.ulb.ac.be/is/revciv.html#presentation


mot-clefs

  • anthropologie, tourisme, mobilités, identités, altérités

fichiers attachés

Date limite

  • vendredi 15 février 2008

Contact

  • Joël Noret
    courriel : jnoret (at) ulb.ac [point] be

    Centre d'Anthropologie Culturelle
    Institut de Sociologie - CP 124
    44 avenue Jeanne
    1050 Bruxelles
    Belgique

  • Olivier Evrard
    courriel : olivier [point] ev (at) free [point] fr

Posté par bodyepistemology à 08:18 - Appel à communication - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 décembre 2007

John Peter Witkin

Posté par bodyepistemology à 08:35 - Exposition/Performance - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Pauvreté et zones frontières

Zones frontières et nouveaux enjeux de recherches


Résumé

Ce séminaire sur la pauvreté intitulé "zones frontières" a pour enjeu de se situer sur des objets tabous ou peu étudiés sur la question des plus dominés (SDF, prostitué(e), jeune des cités, personnes des ghettos ou des camps, sans papier, toxicomanes...). Par la comparaison des outils et des théories, nous essayons de penser l'exclusion hors du scientifiquement correct


Annonce

Découvrir l'impossible sur la pauvreté : zones frontières et nouveaux enjeux de recherches

Séminaire

Patrick Bruneteaux (Centre de Recherches Politiques de la Sorbonne) et Daniel Terrolle (Laboratoire d’Anthropologie Urbaine, CNRS)

Salle 216 (entrée Place du Panthéon ou Rue Cujas)

16h-20h

Ce séminaire ayant pour objet la « pauvreté extrême » ou « les plus dominés » vise à favoriser un échange aussi libre et large que possible, sur les cadres théoriques, les méthodologies, les présupposés "scientifiques", et les expériences vécues du terrain ; mais il entend aussi constituer un espace de liberté afin d’objectiver les contraintes qui pèsent sur les chercheurs : respect des personnes « cassées » (gestion des outils de recherches afin de limiter le voyeurisme et le regard intrusif) et protection de leur vie contre les risques de dérapages (demandes policières), stratégies institutionnelles de dénonciation lorsqu’ils tentent de mettre en lumière les logiques de pouvoir s’exerçant tant sur les « pauvres » que sur eux-mêmes, ou lorsqu’ils rendent compte des mécanismes de production des espaces d’accueil et d’action humanitaire. Ce ne sont là que quelques exemples qui indiquent que les études sur la pauvreté posent question dans un univers traversé par des enjeux sensibles.

Regarder de près la question sociale, c’est observer l’arrière-cour des Etats dits développés, des Etats qui se pensent « solidaires » et en « lutte contre l’exclusion ». Autrement dit, pour élargir la vision de Simmel, on dira que ceux qui s’en revendiquent justement pour indiquer l’emprise de l’Etat assistantiel sur les pauvres omettent de parler de l’emprise de l’Etat sur les chercheurs qui pensent l’intervention de l’Etat. Plus largement, en centrant les questionnements sur ce qu’on pourrait appeler les « zones frontières », ce séminaire s’inscrit dans une approche nécessairement déconstructiviste de l’étude des plus démunis qui touche aussi bien la question de l’Etat que celle de la population étudiée. L’accent sera mis sur les secteurs d’analyse qui sont peu défrichés en poursuivant, pour l’année 2008, la réflexion commencée l'an passé.

Le séminaire continuera d'explorer, cette année, lors de 6 demi-journées, de janvier à juin, ces six champs de réflexion qui rassembleront plusieurs contributeurs en débat avec les autres participants.

Chaque demi-journée de 4 heures commencera avec deux ou trois interventions sur le thème (chaque intervention durera 30 minutes), pour ouvrir sur un court commentaire d'un lecteur qui aura lu les deux ou trois contributions. Le but est de lancer des pistes de débat, de soulever les points communs et divergences, les contradictions éventuelles, les ouvertures possibles. Suivra ensuite un échange pendant le temps restant.

La publication du séminaire 2006-2007 étant en cours de réalisation, les intervenants sont invités à préparer leur intervention en vue d'une publication à venir.

Jeudi 10 Janvier 2008 : Ouverture du séminaire.

Thème n°1 : Savoirs d’Etat et savoirs scientifiques : Une dépendance encore plus forte des chercheurs sur la question sociale ?

Intervenants :

  • Pascal NOBLET, Chargé de mission Direction Générale des Affaires Sociales (DGAS) : “ Les évolutions politico-admistratives des dispositifs d’accueil et d’hébergement ”.
  • Noëlle BURGI, chercheure au CRPS : Présentation de son livre “ La machine à exclure ”, La Découverte, 2006.

Cette première séance pose le cadre de la recherche en science sociale à propos des « plus dominés ». D’entrée de jeu, on constate que le champ de la recherche est occupé et même « pré-occupé ». Une objectivation de l’espace des productions « scientifiques » sur la « grande » pauvreté montre qu’elle se situe au carrefour des savoirs d’expertise et des savoirs scientifiques. Les observatoires de la pauvreté fleurissent (celui de l’Etat, du Samu social, de la FEANTSA), les commandes publiques sont légion (Plan urbain, FAS, MIRE, Education nationale…). Les chercheurs travaillent à cheval entre le fondamental et l’organique, pour emprunter le terme à Gramsci. Il nous importe de questionner cet état de chose.

D’une part, en quoi les difficultés que rencontrent les chercheurs pour penser les « moins dotés de capital » tiennent à l’emprise des catégorisations sociales (Etat, technocrates, travailleurs sociaux, syndicats, collectifs, associations de « sans »…la liste n’est pas exhaustive) ? Pourquoi les acteurs sociaux prétendent-ils savoir et entrent-ils en concurrence avec les chercheurs ? Pourquoi les médias les légitiment-ils, à la place de ces derniers ? Pourquoi certains chercheurs se sont-ils emparés de la catégorie de l’exclusion alors que rares sont ceux qui défendent cette notion ? Quels sont les avantages qui sont retirés de ce ciblage et de cette retenue ? Comment restituer la part respective des penseurs d’Etat (Lenoir, Bélorgey, Besson), des penseurs caritatifs (Labbens pour ATD à une époque, Martin Hirsch pour Emmaüs à une autre) ou des intellectuels organiques ? Quels intérêts sont partagés entre les acteurs d’Etat des politiques sociales et les acteurs d’Etat de l’Université quand ils diffusent et défendent des « théories » de l’exclusion ?

Comment fonctionnent les enquêtes publiques ? Comment fonctionne le marché de la pauvreté qui en résulte et qui instrumentalise ceux qu'il prétend aider ? Il y a un lien étroit entre la commande sociale, la mobilisation des chercheurs sur un objet investi par l'Etat et la définition des « cadres » de la recherche. C'est prendre acte de la sociologie de Simmel pour voir les effets que cela exerce sur notre travail :

  • reprise des catégories des segments de l'Etat,
  • imbrication dans l'univers scientifique de la double posture d'agent de l'Etat et de chercheur (à l'INED ou à l'INSEE) et toute l'ambiguïté du comptage,
  • entrée massive des chercheurs dans les appels d'offre sur le social.

On peut aussi faire une auto-analyse de ce que l'on a vécu ou fait, parler de ce que l'on a essayé de faire en acceptant d'y aller. L'on pourrait aussi aborder la question des positionnements des uns et des autres dans ce champ de la recherche. Le pouvoir sur les pauvres à partir du pouvoir sur l'objet "les pauvres" : pilotage de recherches régionales (pour la FNARS ou la CNAF par exemple) ou internationales ; monopole des quantitativistes empiristes dans les observatoires (délégations ou détachements de l’INSEE, l’INED) et les enquêtes nationales.

Comment cette allégeance idéologique se construit-elle à travers la reproduction universitaire et ses validations (thèse, publications) ? A travers l'appareil des "reconnaissances" scientifiques (colloques, communications, publications) et de l'obtention même des moyens économiques nécessaires à la recherche (appels d'offres, financements) ? A travers quelles hiérarchies (où joue à plein cette logique de domination) et quelles structures (réseaux intellectuels, chapelles idéologiques, qui balisent les comités de rédaction des revues, les collections d'édition, les médias audio-visuels, la presse, etc...) ? Comment ces structures font écho et sont articulées à celles qui organisent le champ de la connaissance et de la gestion politique du social (Insee, chercheurs, Observatoires de la pauvreté, structures humanitaires, champ médical et médico-légal, Ministère de l'Intérieur, jusqu'à l'IGAS même qui surveille ce jeu et veille à ce qu'il se poursuive) ?

Il faudrait se pencher sur quelques analyses pointues marquant cette dépendance, le plus simple étant la reprise des catégories (RMiste, exclus), le plus tabou étant la recherche de pouvoir symbolique des chercheurs au carrefour d'un partenariat entre Fondations, Observatoires, Hauts comités, ministères et directions des associations. Comment devient-on un « expert » auprès des instances publiques ? Il faudrait voir ce qui soulève des obstacles réels au travail de recherche, les commandes sociales permettant aussi de jouer un jeu d'apparence pour avoir un financement et reconvertir le rapport en articles à valeur ajoutée dans un univers marqué par la pénurie des postes et la faiblesse des aides matérielles à la recherche (les fonds des laboratoires ne peuvent servir à financer les thèses).

Enfin se pose la question de la position du chercheur dans tout cela. De sa posture et de son imposture dans la manipulation de la science et de l'idéologie qu'il concocte et diffuse à travers ses prestations orales et écrites, dans la construction de ses objets mêmes (par exemple l'usage sans le définir sociologiquement au préalable, du concept de "l'exclusion", dans ses travaux; ou encore celui de taire les visées répressives envers les SDF (aménagements dissuasifs) d'une entreprise comme la RATP pour ne mettre en évidence que sa façade "sociale" avenante (opérations "coups de pouce"), etc...Du pouvoir que le chercheur exerce ainsi sur l'objet et ses représentations dans le champ social. De la manipulation du terrain (évoqué comme légitime et parfois jamais démontré véritablement), de sa difficulté même (sur le plan de l'éthique professionnelle), si ce n'est de sa dépendance relative à une éthique officielle (qui l'autorise ou pas, et détermine ainsi le fait de le mener "à découvert" ou en immersion inavouée).

Jeudi 14 Février 2008:

Thème n°2 : La multiplicité des catégories pour penser les dominés : entre effets du travail idéologique et problèmes scientifiques de définition de l’objet.

Intervenants :

  • Daniel TERROLLE , M. de C. Anthropologie Université Paris 8, LAU (CNRS) : “ Représentations et idées reçues à propos des SDF ”.
  • Vincent DUBOIS, Professeur de sociologie à l’IEP de Strasbourg : “ Le contrôle des assistés : les catégorisations de la pauvreté dans le tournant rigoriste de l’Etat social ”.

Pour aucune autre catégorie sociale ou pour aucun autre groupe social, on ne repère une telle fragmentation des mots pour penser « ceux d’en bas ». « Sous » la classe populaire se découvre une sorte d’univers de l’impensable pour les chercheurs en science sociale. Il s’agira de s’interroger sur les enjeux proprement scientifiques mais aussi politiques d’une telle difficulté ou, aussi, d’un tel renoncement. Entre soumission aux catégories empiristes, celles des acteurs institutionnels ou celles qui trahissent un véritable abandon de la démarche de conceptualisation, il existe un spectre de problèmes et de stratégies qu’il nous appartiendra d’ouvrir et de mettre à plat.

Pourquoi existe t-il une bataille spécifique autour des catégories pour penser la pauvreté ? Il s'agit de réfléchir aux liens entre découpage social et découpage scientifique de l'objet (SDF, sans-abri, sans-logis, surnuméraire, sous-prolétaires, toxicomanes, prostituées, jeunes des rues, sans-papiers, Rmistes, famille monoparentale, pauvres, grands exclus, désaffiliés, marginaux, déviants…). Ce séminaire sera l’occasion d’écouter des interventions prenant pour objet les constructions sociales de la « pauvreté », la genèse de telle ou telle catégorie « d’allocataire » ou de « bénéficiaires », l’étude des formes d’étiquetage des « vagabonds », « asociaux », « déviants », « inadaptés », « marginaux »

Actuellement, ceux qui travaillent sur les « enfants de la rue » ne vont pas communiquer avec les spécialistes des « toxicomanes », ceux qui travaillent sur la prostitution vont s’étonner qu’on puisse les rapprocher de ceux qui se penchent sur les SDF ou les « allocataires du RMI ». Un des premiers enjeux de ce séminaire est de chercher en quoi ces différenciations sont légitimes ou non sur le plan scientifique. Qu’est-ce que les uns et les autres prétendent apporter à la science en privilégiant telle ou telle catégorie ?

Théories, matériaux et outils, concepts et formes d’écritures seront interrogés dans une perspective résolument déconstructiviste afin d’interroger nos « pré-constructions » véhiculées par une terminologie extrêmement éclatée. Pourquoi, quand on pense les plus dominés, assiste t-on à un tel fractionnement ?

Peut-on segmenter les publics « pauvres » ou les subsumer dans une catégorie nouvelle et généraliste ? Existe t-il des travaux qui mettent en lumière les logiques de circulation d'un groupe à l'autre ainsi que les mécanismes structuraux qui dessinent des trajectoires de « chute ». On attend des recherches ayant montré comment ces populations présentées comme hétérogènes, glissent dans des positions éphémères et renouvelées (« jeunes de cité », « toxicomanes », « Rmiste » ou « SDF »). On peut soulever légitimement la question de l’hétérogénéité présentée comme un « fait d’évidence » de la part des chercheurs « autorisés » à ce propos. A partir de quelle position théorique se donne à voir une homogénéité ou une hétérogénéité ?

Peut-on dessiner un espace des prises de position ? A supposer que l’on parvienne à identifier des grandes classes de théorisation des plus dominés (ce qui en constitue déjà une…), quel est le pouvoir heuristique de telle ou telle désignation ? Peut-on inférer d’un tel éparpillement qu’il est impossible de penser ceux qui sont hors statut ? Autrement dit, la difficulté à catégoriser renvoie-t-elle à la pratique même de la science sociale, qui est de rendre compte des « formes sociales », des « groupes constitués » ?

Jeudi 13 Mars 2008:

Thème n°3 : L'accès risqué au terrain et expériences limites.

Intervenants :

  • Sylvain AQUATIAS, M. de C. IUFM Limoges : “ La recherche en prévention de la délinquance et des conduites à risques parmi les jeunes issus des quartiers relégués : l’ambiguïté de l’approche ethnologique. ”
  • Karine BOINOT , Docteure en Psychologie clinique, Psychologue clinicienne, Institut de Criminologie et de Sciences humaines, Rennes 2 : "De la mise à mal du chercheur...à la mise en mots."

Chacun sait que approcher les plus dominés n’est pas toujours facile. Le chercheur dérange, quand il n’est pas pris pour un enquêteur social voire un policier. « Prostituées » sous dépendances, « dealers » inquiétés dans leurs trafics, « toxicomanes » en manque qui doivent voler pour s’approvisionner, groupes de SDF qui subissent la misère sexuelle, voient le chercheur comme une menace ou une proie.

Plusieurs dimensions peuvent être travaillées lors de cette séance :

- l'accès à la population : physique tout d’abord : les pauvres emprisonnés, les squatteurs toxicomanes cachés dans une friche industrielle, les SDF morts et « disparus ». Peut-on notamment travailler sur ces situations lorsque l’on est chercheur ? Et chercheuse ?

Et psychique : les SDF clochardisés murés dans une souffrance extrême, la misère sexuelle des jeunes pratiquant les tournantes.

Peut-on se déplacer la nuit auprès de ces différents groupes lorsque le chercheur déploie des ressources fortement convoitées par ces mêmes groupes (biens matériels, corps féminin…) ?

- les effets d’une culture ou le capital physique de survie peut être retourné contre le chercheur : les « SDF toxico » sous l’emprise du produit et portés au « passage à l’acte », les groupes ethniques de l’Europe de l’Est qui tournent dans la rue, les SDF prédateurs en CHU…

Il serait nécessaire d’autre part, de réfléchir à la notion d’expérience limite. Il s'agira de donner la parole à des chercheurs qui ont effectué un travail de terrain "hors du commun" ou dont la démarche témoigne une originalité qui mérite l'auto-analyse et le débat collectif : soit à cause du jeu de mimétisme ou des risques encourus (fumer avec les jeunes ; participer à des illégalismes, s'engager dans une lutte militante avec des actions "coûteuses" sur le modèle idéal-typique de S. Bourgois en Amérique du Sud) ; soit du fait d'une méthodologie nouvelle ; soit à cause d'un rapport de proximité dramatique à l'objet : un chercheur ayant le sida qui effectue sa thèse auprès des enfants pauvres et orphelins de parents morts du sida, atteints eux-mêmes du sida dans un pays d’Afrique ; d’autres chercheurs qui doivent accompagner un SDF dans ses tentatives de suicide, par exemple.

Il s’agira ainsi de s'interroger sur les zones limites (femme ethnographe travaillant de nuit auprès d'un groupe d'hommes, tout chercheur circulant auprès de groupes recourant à la violence physique...) et d’analyser les ressources initiales et construites ayant permis de faire face aux difficultés présumées (et anticipées) ou découvertes pendant le terrain. Terrains risqués marqués par les risques et les renoncements, les contournements (dont l'engagement auprès des acteurs) et les désillusions, les fragments d'observation et les refus...

Jeudi 10 Avril 2008 :

Thème n°4 : Les violences extrêmes des dominants et des dominés entre eux.

Intervenants :

  • Emmanuel SOUTRENON, doctorant CSE/CMH-ETT : "La violence? Quelle violence? A partir d'observations sur la gestion des sans-abri dans le métro parisien et au Chapsa de Nanterre".
  • Bénédicte HAVARD-DUCLOS, Doctoreure en Sociologie, PRAG, Laboratoire ARS, Université de Bretagne occidentale : “L’intervention militante en faveur des pauvres : un encadrement brutal indépassable ? Enquête dans quelques comités de l’association Droit Au Logement (DAL) à la fin des années 1990 ”.

Cet axe du séminaire vise à aborder la question du lien entre pauvreté, domination et violences. L’histoire des « SDF », vagabonds et autres « inutiles au monde » est jalonnée de répressions diverses (déportations, pénalisations, arrestations, violences physiques, enfermement). Les formes de domination des dominants trouvent un écran dans le discours républicain sur « la citoyenneté » et les « luttes contre l’exclusion » : Comment les différentes catégories d’acteurs publics parviennent-ils à masquer ou atténuer cette réalité de violences (c'est le cas avec la mort des SDF, c'est le cas avec la question des droits de l'homme dans les CHU). Comment en rendent-ils compte à leur manière ? On peut réunir des travaux qui vont dans le sens d'une interrogation autour des contradictions entre "politiques sociales" et respect des droits, entre dispositifs théoriques et dispositifs vécus (notamment le 115). Comment la République, à l’instar de ses constructions hagiographiques sur le colonialisme niant le passé esclavagiste à partir de 1848, met-elle en place des outils pour se persuader qu’elle demeure humaniste, progressiste et solidaire dans l’espace assistantiel ? Qu’est-ce qui permet effectivement de montrer des « avancées sociales » dans le traitement d’une pauvreté qui ne cesse de s’aggraver par ailleurs (chiffres du travail précaire, désillusion des jeunes à propos des stages "bidons", augmentation des sans-abri et des sans-papier à la rue, démotivation des travailleurs sociaux qui ne parviennent pas à insérer les personnes dans un travail et un logement de droit commun) ?

Le séminaire sera l’occasion de défricher quelques secteurs anciens ou récents où s’expriment encore les violences directes et les plus visibles, ainsi que les transformations réelles qu’elles ont connu ces dernières années. On envisage des interventions autour du travail des Bleus, l'emprisonnement des SDF jusqu'en 1993, les renvois de CHU et les différentes formes de l'exclusion dans l'exclusion, par exemple.

En prenant appui sur les travaux qui ont pointé les failles du misérabilisme et du populisme, on privilégiera les interventions qui mettent en valeur les jeux de domination entre dominés, en mettant en évidence comment se reproduit cette logique des rapports sociaux comme manière de vivre, d'être au monde, comme pédagogie implicite même. Quels que soit les types de pauvres, seront soutenues les communications qui croisent domination, logiques de survie et violences endogènes (hiérarchies dans le trafic de drogue et logiques de bandes, pillages et manipulations entre SDF, assujettissement des femmes par les hommes) tout en montrant les jeux complexes entre intériorisation durable et contextes fluides de soumission, incluant les ripostes possibles et la défense des droits.

La violence des dominés demeure un sujet tabou. Pourquoi fait-on l’impasse sur ces reports des logiques d’exploitation ? Pourquoi les dominés briseraient le processus de domination et ne l’exerceraient-ils pas sur les plus faibles d'entre eux (femmes, enfants) ? Quel misérabilisme est inscrit dans la seule recherche des « déterminations de la violence structurelle des dominants » ? Pourquoi les sociologues ont-ils tant de mal à rendre compte des espaces de spécialisation (dealers, groupe de tournantes ou mise en prostitution des femmes du ghetto ou du Barrio, de la cité ou du bidonville) où s’exerce la violence des dominés, souvent contre les personnes de leur entourage ? Quelles formes de militantisme implicite, quelles pratiques de censure peut-on identifier ?

Jeudi 15 Mai 2008 :

Thème n°5 : La pertinence de l'approche comparée de la pauvreté.

Intervenants :

  • Justin DANIEL, Professeur de Science Politique, Université Antilles Guyane, Doyen de la faculté de droit et d’économie : “ Critique de l’approche quantitative de la pauvreté en Martinique ”.
  • Véronique ROCHAIS, doctorante EHESS : “ Cultiver son jardin-ghetto : ethnographie d’une reconversion d’un ancien dealer ”.
  • Socio-anthropologue haïtien de la pauvreté : (à préciser).

Peut-on comparer des sans-abri d’Etats développés à ceux d’autres Etats aux cultures différentes ? Il s'agit d'interroger nos propres repères théoriques par le détour d'approches monographiques étrangères qui nous autorisent en groupe, à lancer un travail comparatif.

On comparera la situation de la France avec celle de différents pays qui s’inscrivent soit dans l’orbite de la culture occidentale, soit qui relèvent de cultures autres ou les termes de la comparaison sont plus problématiques : pays sans tradition capitaliste et démocratique (l’Ukraine), pays avec une culture très différente mais dans un cadre capitaliste (Japon) ; pays en situation de grande pauvreté généralisée (Pérou, Burkina Faso…).

Comparer les "SDF", c'est déjà s'interroger sur ce que chaque Etat met sous cette appellation. Est-ce que les Japonais utilisent le même syntagme « sans-domicile fixe » ? Comment chaque Etat ou chaque communauté scientifique, en fonction de la configuration de l’espace de la pauvreté, nomme t-il la population « errante » ? Par exemple, en Martinique, pourtant officiellement territoire français, les SDF sont presque tous des toxicomanes au Crack, ils sont donc bien différents des populations dites hétérogènes que l'on trouve en France métropolitaine. Ils sont appelés « errants toxicomanes » avec en arrière plan, chez une partie des habitants des quartiers pauvres, la référence à la dimension magico-religieuse du zombi.

Un enjeu important de ce séminaire pourrait être de décloisonner notre monde théorique. Comment, sans syncrétisme facile et superficiel, jeter des passerelles entre les modèles théoriques ? Entre les modèles européens (eux-mêmes différenciés) et anglo-saxons ? Quels sont les modèles théoriques "culturels" pour penser les plus dominés ? Il pourrait y avoir une intervention sur l'espace du pensable aux USA, en France, dans les pays du Nord, dans les pays du Sud. A partir de ces monographies, on peut là encore avoir une approche comparative collective. Peut-on parler de SDF dans les villes des Etats africains ou d’Amérique du Sud ? Sachant que les pauvres et particulièrement les enfants vivent dans les rues en Amérique latine comme en Afrique, peut-on parler de SDF alors que ce terme désigne en France et en Europe de l’Ouest l’apparition subite et massive de personnes à la rue dans les années 1980 ? Mais, à s’enfermer dans la catégorie administrative de « SDF », ne risque t’on pas justement de ne pas voir les points communs entre les « plus pauvres » et aussi de s’interdire de penser les effets différenciés d’une même mondialisation capitaliste ?

Comment plus généralement trouver des critères de comparaison face à une dimension relativiste de la pauvreté ? Sachant que les « smicarts » du Brésil vivent avec l’équivalent du « RMI » en France, comment parvenir à penser cette relativité en tenant compte du niveau de vie de chaque pays, des politiques sociales (ou de leur absence) qui lui sont propres ?

Jeudi 12 Juin 2008 :

Thème n°6 : Ethique et objectivation : de l’ethnographie textuelle à l’ethnographie visuelle.

Intervenants :

  • Maryse MARPSAT, statisticienne à l'INSEE : “ La Toile, un terrain d’enquête comme un autre ?
  • La recherche autour du journal en ligne d’Albert Vanderburg, cybernaute et sans-domicile à Honolulu".
  • Jean-François LAE , Professeur de sociologie, Université Paris 8 : “ La prise photographique : montrer, cacher ? ”.
  • Olivier PASQUIERS (Le Bar Floréal), photographe : “ Photographier les SDF ”.

Il s'agit de s'ouvrir à de nouveaux outils et de nouvelles méthodologies (quelle iconographie ou support audiovisuel ?) tout en s’interrogeant sur ce qu’elles font subir aux personnes ainsi objectivées. On s’interrogera sur le fait que l’ethnographie concerne presqu’exclusivement les populations pauvres. Terrains auprès des jeunes des cités, des SDF, des homosexuels, des gens en bidonvilles n’ont pas d’équivalents dans le monde des banquiers, des diplomates, des cabinets ministériels.

Cette séance s’appuiera sur des communications qui interrogent le terrain et les outils de l’objectivation en croisant pertinence scientifique et cadre éthique. Que signifie objectiver des êtres en situation de survie pour les « besoins » de l'enquête ? Comment chaque chercheur vit-il cette relation inégalitaire ? Quels scrupules nous poussent à entrer dans l'engagement ou le militantisme afin d’être « utile » ou de laisser un « contre-don » ? Quels effets sur l’enquête cette participation sociale « débordante » exercent-ils ? Quelles réserves construit-on pour préserver le milieu ?

Observation cachée, entretiens informels, mémorisation sans prise de notes, double jeu entre le bénévole et le scientifique, dons divers sont des postures fréquentes qui interrogent le cadre éthique de la relation dite « scientifique », sans parler du recours parfois aux techniques du marketing (entretien acheté). Transparence ou non transparence ? Quels sont les dégradés de la dissimulation et du mensonge, de la fabrication d’un rôle et d’une manipulation des personnes ?

Au-delà de ce ciblage scientifique, il est question d’une autre forme d’objectivation : l’image. Que font les anthropologues audio-visuels lorsqu’ils vont filmer les pauvres ? En quoi l’image nous restitue t-elle une réalité différente que la restitution écrite manquerait ? Une image peut-elle être construite comme un concept ? Qu’est-ce que le chercheur s’autorise à filmer ? Pourquoi l’image est-elle plus voyeuriste ? Qu'est-ce que l'on s'autorise à faire et à ne pas faire? (l'iconographie et l'éthique dans l'objectivation, par exemple : prendre en photo un SDF en train de déféquer entre deux voitures).

Dans quelle mesure le documentaire des journalistes s’éloigne-t-il de l’anthropologie audio-visuelle ? Dans quelle mesure le cinéma fictionnel pourrait-il contribuer, lui aussi, à alimenter le débat scientifique ?

Clôture du séminaire.


mot-clefs

  • pauvreté, SDF, zonesfrontières, politiquessociales,
    sociologie, ethnologie, sousprolétariat, Etatsocial

fichiers attachés

Ville

  • Paris (Université Paris 1 Panthéon, salle 216 de 16h à 20h )

Dates

  • jeudi 10 janvier 2008
  • jeudi 14 février 2008
  • jeudi 13 mars 2008
  • jeudi 10 avril 2008
  • jeudi 15 mai 2008
  • jeudi 12 juin 2008

Contact

Posté par bodyepistemology à 08:31 - séminaire - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 décembre 2007

Joie de construction

 Exposition Collective : MELANIE BONAJO, JAAP SCHEEREN & LUKAS WASSMANN
VERNISSAGE: Jeudi 20 Décembre, de 19h à 22h.
Performances par Voin de Voin + Kinga Kielczynska(20h) et Eva Maria Küpfer(20h30)
Exposition: du 21 Décembre 2007 au 12 Janvier 2008 (Mar-Sam de 14h30 à 19h ou sur rdv)

 Galerie Gana-Beaubourg
3, rue Pierre au Lard 75004 Paris
Metro: Rambuteau/Hôtel de Ville

Posté par bodyepistemology à 08:41 - Exposition/Performance - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

L'esprit de corps

L’« esprit de corps ». Sexe et mort dans la formation des internes en médecine

Un ouvrage d’Emmanuelle Godeau (Editions de la Maison des sciences de l’homme, coll. "Ethnologie de la France", n° 29, 2007, 19€)


Par Emmanuelle Zolésio [1]

Emmanuelle Godeau, à la double formation de médecin et d’anthropologue, offre dans cet ouvrage une riche ethnographie des traditions qui font le « folklore des carabins ». Il s’agit de compléter les analyses de ses prédécesseurs sur la culture professionnelle médicale et le « devenir médecin » (Becker et al., Merton, Fox) d’une étude sur « les marges du métier », ce qui s’y passe en coulisse et participe pleinement des apprentissages professionnels (non plus dans les registres scientifiques et techniques, mais dans celui de l’efficacité symbolique).

Pour ce faire, l’auteur s’est principalement appuyée sur les témoignages d’une centaine d’enquêtés, issus d’internats, de générations et de spécialités variées, sur de la littérature indigène ainsi que sur des sources historiques concernant la pratique des dissection et la tradition de l’internat. Quelques observations ont pu être réalisées également : observation participante dans le cadre du cursus médical de l’auteur (pour le chapitre sur les dissections), observations plus ponctuelles en tant qu’invitée dans certains espaces « autorisés » des pratiques de l’internat (auxquelles elle n’a pas eu accès pendant ses études du fait d’une formation en médecine générale). L’iconographie dans le cahier central de l’ouvrage vient agrémenter la lecture d’exemples évocateurs des pratiques transgressives et scandaleuses qui jalonnent le parcours de l’étudiant en médecine. Rien ne manque dans ce riche matériau qualitatif accumulé minutieusement sur une dizaine d’années.

C’est donc la « culture du carabin » en général, « ici et maintenant, ailleurs et autrefois » (p.23) qui est disséquée. Le comparatisme adopté permet de voir la forte cohérence symbolique de traditions qui transcendent les différences culturelles et linguistiques, à travers l’espace comme le temps. Ces pratiques coutumières en effet, loin d’être une exception française, trouvent leurs équivalents dans d’autres traditions nationales. Elles peuvent être rapprochées de la subversion carnavalesque ou encore être interprétées dans le cadre plus large des rites de passage ou d’initiation que l’on retrouve dans d’autres types de formations professionnelles (que l’on pense aux bizutages des grandes écoles par exemple).

La structure de l’ouvrage suit le parcours chronologique de la formation de l’étudiant en médecine, retraçant les étapes successives qui font l’apprentissage coutumier du spécialiste. Ainsi le premier chapitre traite-t-il des dissections (étape du parcours partagée par tous les étudiants, futurs généralistes comme futurs spécialistes). C’est ensuite toute la période de l’internat qui est retracée depuis le bizutage initial de l’interne (appelé le « baptême ») à son bizutage de sortie du cursus, à la fin de l’internat ou du clinicat (« l’enterrement »), en passant par les « manières de salle de garde » et les tonus qui font le quotidien de la vie de l’internat. Enfin, un dernier chapitre aborde les « revues », spectacles satiriques destinés à mettre en cause la hiérarchie hospitalière et les modes de reproduction professionnels par la mise en scène des travers des patrons.

Sont ainsi abondamment décrites les coutumes communes et les variations locales de chaque internat : divertissements potaches, chansons paillardes, plaisanteries grivoises, déguisements scabreux, mises en scène obscènes et décors outranciers typiques des cérémonies, humiliations corporelles et notamment sexuelles. Par la cohérence de ces rites, un nouveau rapport à la mort et au corps est ainsi progressivement transmis à l’impétrant, soumis à une véritable « contre-éducation » (p.143). Les processus de régression et de déculturation ainsi mis en œuvre prennent systématiquement à rebours l’ordre hospitalier et celui qui prévaut dans la société. « Cette débauche de corps béants, de sexes énormes, de prouesses sexuelles invraisemblables et de gros mots cesse d’apparaître comme une fin en soi, uniquement animée du désir de choquer, mais devient un moyen privilégié, voire paradigmatique pour [les] carabins de s’opposer à l’ordre du monde dominé par la pudeur et la décence (justement prônée par leur éthique professionnelle et prévalant à l’hôpital) » (p.187).

Le plan choisi amène cependant à de nombreuses petites redites, certaines composantes de l’esprit carabin étant communes à tous les types de cérémonies (comme les paillardes, la présence de prostituées, le registre sexuel) et les logiques de ces pratiques leur étant transversales (matérialiser et redoubler symboliquement la frontière entre les professionnels et les profanes, entre les élus et les collés). Ainsi le principe « d’organisation concentrique » qui marque l’engagement différentiel des uns et des autres autour de la table de dissection (les garçons se positionnant tout près, les filles plus en retrait) se retrouve-t-il au moment du baptême autour de la traditionnelle scène du billard (paroxysme de l’humiliation sexuelle s’appliquant au major de promotion contraint de subir une fellation par une prostituée), les aînés étant aux premières loges et les plus jeunes plutôt en retrait voire absents du point culminant de la cérémonie de baptême.

Par ailleurs, si l’auteur annonce dès le début qu’elle laisse à d’autres l’analyse de l’asymétrie des sexes dans ces pratiques, elle fournit à plusieurs reprises des éléments intéressants à ce sujet : la position de retrait des filles devant la table de dissection, l’évolution des pratiques coutumières de l’internat du fait de sa féminisation croissante (notamment le recul du recours aux prostituées), l’attribution de gages différenciés aux filles et aux garçons, l’occupation de rôles secondaires par les éléments féminins dans l’organisation des revues et leur fonction de faire-valoir. Ses résultats convergent ainsi avec d’autres études abordant le bizutage dans sa dimension sexuée et viennent consolider des résultats déjà acquis. De la même façon, Emmanuelle Godeau indique dès l’introduction que son but ne sera pas de montrer les variations diachroniques dans les traditions de l’internat, mais elle n’en apporte pas moins quelques éléments de compréhension. Aussi nous semble-t-il dommage de n’avoir pas adopté finalement un plan plus analytique (sans doute moins redondant), tous les ingrédients étant manifestement disponibles pour celui-ci.

On pourra s’étonner de ce que l’auteur n’ait pas pris en compte ni mentionné systématiquement le rôle de la spécialité d’appartenance des enquêtés. Il nous semble que l’investissement différentiel des uns et des autres peut s’expliquer au moins en partie par le degré de proximité des internes à la salle de garde. En effet, tous les spécialistes ne font pas des gardes (les pédiatres ou les dermatologues sont moins concernés que les chirurgiens ou les urgentistes) et les usages qu’ils font de l’internat sont de fait très inégaux. En filigrane on semble pouvoir lire effectivement la plus forte implication des internes en chirurgie lorsque l’auteur écrit que « les plus acharnés à projeter [de la nourriture lors des "batailles de bouffe" rituelles] arrivent non pas en blouse mais en tenue de bloc » (p.156), lorsqu’elle rapporte le choix d’un enquêté ayant évité les stages de chirurgie associant la spécialité à l’hyper-sexualité ou encore lorsqu’elle évoque rapidement que Roger L., fervent pratiquant des chansons paillardes, les chante au bloc opératoire. De même, la seule description d’une « enterrée » (seuls les plus actifs dans la vie de l’internat ont le privilège d’être enterrés) s’impliquant à fond dans un sketch où elle doit se mettre en scène de façon particulièrement obscène concerne une enquêtée se destinant à la neurochirurgie. Ce sont aussi ces mêmes praticiens qui sont particulièrement rabroués (avec le thème récurrent du « chirurgien boucher ») dans les revues d’internat.

Enfin, une belle façon de prolonger cet ouvrage, déjà très riche et répondant parfaitement à l’objectif qu’il s’est fixé, serait d’apporter des éléments sur la socialisation en amont du cursus médical (les enquêtés étaient-ils déjà confrontés à ce type d’humour dans leur environnement familial ?, ce que laisse entendre le témoignage d’un enquêté, fils de médecin) pour éclairer les conditions de possibilité (ou d’impossibilité) d’adhésion à cette culture de carabin.

[1] Doctorante en sociologie au GRS (Groupe de recherche sur la socialisation, ENS-LSH / CNRS).

Posté par bodyepistemology à 08:33 - Notesdelecture - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 décembre 2007

Philippe Faure

http://www.bourgeoiseasatisfaire.com/

Posté par bodyepistemology à 09:19 - Exposition/Performance - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2  3  4  5   Page suivante »